Catégorie littérature francophone -Récits-
Parution en avril 2009
Extrait : « Le voici. Là, sous mes mains qui cherchent, dans le placard de la cuisine, le gros galet plat et sa petite pierre ronde. Une pierre dense et solide. Elle sert à écraser, une fois posés sur le galet, les ingrédients de la sauce qui me ramènera chez moi. Je la laisse épouser parfaitement le creux de ma main.
Aussitôt, j’entends le clapotis de l’eau sur les rochers. Le chant des pêcheurs qui rapportent une moisson de soles à braiser pour les fines cuisinières de la côte. »
Dans Soulfood équatoriale se trouvent des recettes et des ingrédients extraordinaires. Mais on aurait tort de croire qu’il ne s’agirait que de nourriture.
C’est d’identité qu’il est question, ainsi que d’héritage, de racines profondes plantées en Léonora Miano, auteure camerounaise, née en terre d’écrevisses, que des étrangers baptisèrent d’abord Rio dos Camarõs, puis « Camarones. Cameroons. Kamerun. Cameroun ».
« Lorsque les crabes achetés vivants tomberont dans la casserole où tout le reste aura achevé de cuire, je sais que je ferai plus qu’assouvir une simple fringale en m’asseyant à table. Je prendrai tout mon sens. »
Léonora Miano offre treize textes où la nourriture dévoile qui sont ceux qui la mangent.
Par exemple, dans la cinquième nouvelle : Florence demande à ses deux prétendants de lui préparer son plat préféré, le solo. Elle décidera, après l’avoir goûté, qui aura sa préférence. Le premier candidat accompagne son solo d’une sauce lourde :
« C’était la sauce d’un homme qui voulait vous river au sol, limiter vos mouvements. Son amour ne pouvait qu’être inquiet, et Florence ne voulait pas passer son temps à le rassurer. »
Le second amoureux ajoute à sa préparation une demi-aubergine.
« C’était un choix risqué. Les nginge – car tel était le nom sawa de ces aubergines africaines connues pour leur saveur puissante – étaient loin d’être appréciées de tous. Chercher à conquérir une femme en lui proposant leur amertume, c’était avoir l’audace de ne pas lui promettre plus qu’on ne pouvait offrir. »
Dans la collection Exquis d’écrivain, Nil éditions propose une bibliothèque gourmande, et l’objet-livre qui en résulte est d’un charme indéniable. Élégant, autant que l’écriture de Léonora Miano est précise et imagée.
Musicale ? Forcément. Ne serait-ce qu’à cause de la présence du “jazz”… Encore que ce nom, à Douala, n’a pas le sens que nous lui donnons habituellement :
« Le jazz, c’est ça : des haricots rouges en sauce. Avec ou sans viande.
Le pain chargé de haricots en sauce porte, quant à lui le nom de saxophone. Il réclame un placement hautement stratégique des doigts, pour éviter qu’il ne se désagrège sous l’effet de la chaleur et de l’huile contenue dans la sauce. […] Arriver au bout d’un saxophone, sans en perdre une miette et sans que les haricots filent vers le sol, requiert une maîtrise accessible aux seuls pratiquants assidus. Cela ne vient pas tout seul. Les saxophonistes les plus brillants se salissent à peine les lèvres. »
Soulfood équatoriale est un livre court, à la fois révélateur et dépaysant. Avec acuité, Léonora Miano saisit “en cuisine” le fonctionnement d’une société, d’un état d’esprit.
Et, cerise sur le gâteau, la lire donne faim de nouvelles saveurs, de ndole, de mwanja moto et de gari aux crevettes !
Soulfood équatoriale de Léonora Miano
Chez Nil éditions, collection Exquis d’écrivain
************
L’avis de Cathulu est à lire ici !
************







Il vient de paraître ? J’aime beaucoup sa manière d’écrire : je le lirai, c’est sûr ! Merci pour ce billet !