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Archive pour BEAUX LIVRES (textes-photos-monographies)

Tante Chinoise et les autres de Marguerite Bonnevay

Illustrations sous copyright des éditions La Table Ronde
-Édition établie par Nathalie Jungerman-

Marguerite Bonnevay, vers 1894« […] Elle aurait pu s’appeler Fragile, Cocasse, Maladive ou Malice. Mais elle s’appelait tout bonnement Marguerite et n’avait pour toute baguette magique qu’un crayon à changer les gens. […] »
Jacques Prévert

Tante Chinoise et les autres ressemble à un livre, un très beau livre, mais ce n’en est pas un : c’est une malle au trésor, retrouvée au fond d’un grenier.
Une fois ouverte, elle se change en malle magique, libérant tout un petit monde joyeux, malicieux et impertinent.

Marguerite Bonnevay a douze ans, en 1894 lorsqu’elle est en vacances avec sa famille à Gonfaron, petit village du Var.

« Enfant précoce, elle aime écrire, jouer du piano et, par-dessus tout, dessiner. »

Elle s’ennuie peut-être, ne connaissant personne de son âge. « Elle observe les villageois, s’intéresse aux événements, aux fêtes gonfaronnaises et à leurs processions, prête l’oreille aux “cancans”, découvre la légende locale de l’âne volant. »

Elle dessine alors, mêlant à ses croquis des légendes, prémisses des bulles de bande dessinée, (un art à peine né puisque ce n’est que quatre ans plus tôt que Christophe a publié La Famille Fenouillard).

Thomas, le futur d'Apollonie
Un de ses personnages récurrents « reconnaissable entre tous, au gros nez surmonté de lunettes, [s’]appelle “Tante Chinoise”, “Révérende Tante Chinoise”, “Tante Ricouquette” ou encore la “Révérende Abbesse de la Confrérie des Pompières”. »

Tante Chinoise

Tante Chinoise prend son bain annuel, part en promenade derrière son âne qui lâche du crottin, joue du tambour sur un char tiré par une écrevisse, au Grand Corso carnavalesque musical qu’elle préside « au profit de l’œuvre de la pompe », avant de s’envoler pour Pékin à bord du ballon Apollon…

Les vacances finies, Marguerite range les planches de Tante Chinoise et s’adonne à la peinture, avant de tomber malade. Elle mourra en 1903 à peine âgée de vingt et un ans.

En 1956, Marguerite Bonnevay, nièce de la petite Marguerite dessinatrice, ouvre la malle contenant les dessins de sa tante devant le jeune David Perlov, passionné de cinéma.

David Perlov
Charmé, il va en faire l’objet de son premier film, et lance une souscription pour réunir des fonds.
Soixante-dix intellectuels, peintres, poètes, comédiens y répondent (parmi eux Jeanne Moreau, Calder, Vieira Da Silva, Mme Picabia, etc.).

La communauté des écrevisses
Utilisant parcimonieusement le peu de moyens dont il dispose, il commence à tourner, répétant de nombreuses fois “à vide” pour ne pas gâcher de pellicule.

Le court-métrage, d’une durée de dix-sept minutes, est mis en musique par Germaine Tailleferre (membre du Groupe des Six avec Georges Auric, Darius Milhaud, Francis Poulenc, Arthur Honegger et Louis Durey), et c’est l’acteur Jacques-Bernard Brunius qui prête sa voix aux légendes écrites par Marguerite en bas de ses dessins.

Le prologue de Jacques Prévert en ouverture du film ajoute à la poésie du projet, et David Perlov réussit avec brio à rendre l’imaginaire de « la petite fée » vivant, impertinent :

« Ce que vous allez voir, c’est la chronique, les avatars de son petit village, sa vie, ses fêtes, ses accidents. Tous les secrets publics des êtres et des choses : la noce des chiens et l’Armée du Salut, les bals avec la danse, les rats avec l’argent, tout le cérémonial, la vie de tous les jours, telle que Marguerite la voyait, telle qu’elle la désirait, telle qu’elle la redoutait, l’embellissait ou la moquait. »

Le livre Tante Chinoise et les autres est construit en deux parties : Les dessins (la vie de Marguerite illustrée de cartes postales d’époque, les reproductions pleine page des planches originales) et Le film (son historique, le document de la souscription avec tous les signataires, et le CD).

Coeur d'artichaut et la mère Tripotatibus s'envolent
Il met très bien en valeur et en perspective la fantaisie de la jeune Marguerite et l’inventivité de David Perlov. Le tout est à la fois gracieux, attachant, avec cette opportunité rare qui nous est donnée d’ouvrir “la malle au trésor”.

Tante Chinoise et les autres de Marguerite Bonnevay, aux éditions de La Table RondeAvec Tante Chinoise et les autres, une petite demoiselle de douze ans, à cent ans d’intervalle, sort de son carton à dessins une sarabande colorée et émouvante, et tout un petit monde précieux, poétique, se joue de l’oubli et du temps qui passe…

Tante Chinoise et les autres de Marguerite Bonnevay
Monographie avec CD
Nathalie Jungerman
Aux éditions de La Table Ronde
Catégorie Beaux Livres -Monographie-CD-
Parution en octobre 2009

Entre vents, racines et rocs de Joël-Claude Meffre et Leonard Sussman

Parution en mars 2009

Catégorie Beaux Livres -Textes et Photos-

entre_vents_racines_rocs« Les lieux montrés ici restent simplement ce qu’ils ont toujours été, avec leurs formes à eux, leur rudesse, leur innocence, leur sécheresse propre, pesants de leur poids de lumière, d’air, d’eau, d’érosion, d’éraflure humaine, comme tant d’autres lieux, avec la connaissance qu’on croit en avoir, par nos mémoires, nos trajets pédestres ou imaginaires, en conscience et par nos regards soutenus. »

Les éditions La part des anges proposent un voyage, loin du tapage et du vacarme.

Si des silhouettes humaines n’apparaissent pas Entre vents, racines et rocs, leurs yeux, leurs mots et leurs traces sont pourtant bien au centre de cette publication bilingue.

Deux hommes au travail dans ces pages : Joël Meffre pour les textes, et Leonard Sussman pour les photographies.

Joël Meffre écrit « pour voir l’immobilité du rocher ».

mont_ventoux_photo_leonard_sussman2« La paroi gravide est levée très haut. Elle a de longues coulées grises, comme d’anciennes sueurs.

Contre elle, tant d’échos ont échoué. »

Il vise l’épure, et la présentation quasi-minimaliste de ses lignes au centre des pages – ainsi que leur traduction anglaise en vis-à-vis – met parfaitement en valeur sa réflexion scripturale.

Il est question de décrire le visible et le non visible, de retrouver des empreintes ou de supposer leur délitement dans ce paysage extrême.

mont_ventoux_photo2_leonard_sussman1Les images de Leonard Sussman, en noir et blanc, donnent au paysage du Mont Ventoux valeur d’écriture. La végétation et les pierres deviennent signes, lettres d’arbres dressés vers le ciel et ponctuation de rochers.

Avec des mots qui donnent à voir et des images qui écrivent, Entre vents, racines et rocs fait se joindre deux regards. C’est leur convergence qui donne à ce livre une cohérence doublée d’une belle intensité.

Les éditions La part des anges font ainsi de rencontrer textes et images, ce qui semble être le fil conducteur de leur production. Une visite sur leur site vous montrera que d’autres rencontres par le passé ont été aussi productives que précieuses…

Entre vents, racines et rocs / Among winds, roots and rocks

de Joël-Claude Meffre (textes) et Leonard Sussman (photographies)

Aux éditions La part des anges