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LiVreS ApRès LiVreS…Archive pour Cook Kenneth -Le Koala tueur et autres histoires du bush-
Le Koala tueur de Kenneth Cook
Catégorie Littérature étrangère -Nouvelles-
Parution en février 2009
J’ai aimé Crocodile Dundee, ce grand bonhomme blond et musclé, expert en survie en milieu hostile – en l’occurrence le désert australien – et détenteur d’un humour à couper au couteau (« A knife ? That’s a knife. »).
Et j’aime aussi, dans un tout autre style, ce héros, moins musclé sans doute (« on me qualifie parfois d’obèse, mais je me considère simplement comme corpulent, une centaine de kilos, disons ») mais expert lui aussi du bush australien et de ses habitants. Il est en outre habité par une autodérision à toute épreuve. C’est ce qui apparaît dans les quinze nouvelles de ce recueil, Le Koala tueur et autres histoires du bush.
Sa principale occupation est d’écrire, « de sillonner la campagne à la recherche d’anecdotes » qu’il doit souvent radicalement modifier « pour la simple et bonne raison qu’elles sont invraisemblables ».
Le cocasse des situations nait souvent du contraste. D’un côté, sa tendance à éprouver ce que tout être humain normal doit ressentir, c’est-à-dire la peur, la terreur même, devant un crocodile en rut, un requin, ou un rassemblement de serpents mortels.
D’un autre côté, un compagnon occasionnel qui, lui, non seulement n’éprouve aucune inquiétude, mais parait au contraire apprécier l’idée de se faire lentement étouffer par un python arboricole de six mètres de long, et de plus en public !
Le face à face entre le narrateur et ce protagoniste légèrement fêlé est un régal. Kenneth Cook avoue d’ailleurs être assez coutumier de ce genre de situation :
« Parmi mes nombreux défauts, je suis affligé de l’incapacité de distinguer les personnes saines d’esprit des fous à lier. Peut-être la différence est-elle minime, peut-être suis-je moi-même légèrement demeuré. »
Et les fous à lier sont légion dans ces pages. Est-ce le soleil trop violent ou la soif trop souvent calmée par une rasade de whisky ? Kenneth Cook ne manque pas de dresser des portraits épiques : Aborigènes roublards, amoureux des reptiles, mineurs à la peau recouverte d’une poussière rose typique de l’extraction d’opales, plongeurs téméraires, autant de personnages improbables et pourtant – du moins, l’auteur l’assure – véridiques.
Il n’oublie pas de se décrire lui-même au passage, sans crainte du ridicule, car il est souvent le jouet des circonstances, quand il n’est pas celui de ces aliénés épisodiques ou d’animaux peu coopératifs.
La galerie de personnages est donc pour le moins folklorique :
« On ne le voyait jamais rien manger, à part des poudres pharmaceutiques pour les migraines et des cigarettes roulées à la main, qu’il tenait entre ses deux crochets jusqu’à ce qu’elles se désintègrent ou qu’il les avale. Il parlait très lentement, d’une voix extrêmement nasale. Ses yeux jaunes et opaques, profondément enfoncés dans leurs crevasses crasseuses, étaient perpétuellement aux aguets, comme de petits animaux perchés sur son visage émacié et anguleux. On ne le voyait jamais sans un serpent – d’ordinaire venimeux – autour du cou, tandis que deux ou trois autres bestioles sortaient timidement la tête de ses poches. »
La ménagerie disponible est également assez large : des crocodiles bien sûrs, mais aussi des serpents, dont le king brown, qui « possède assez de venin pour décimer une armée » et le taïpan qui « n’est pas seulement un serpent mortel », mais a aussi « une tête de serpent mortel ».
Ajoutez à cela le koala, oui, parlons-en de ce gentil marsupial si souvent décliné en peluche :
« Je n’aime pas les koalas. Ces sales bêtes, aussi hargneuses que stupides, n’ont pas un poil de gentillesse. Leur comportement social est effroyable – les mâles n’arrêtent pas de se tabasser ou de voler les femelles de leurs semblables. Ils ont des mécanismes de défense répugnants. Leur fourrure est infestée de vermine. Ils ronflent. Leur ressemblance avec les nounours est une vile supercherie. Il n’y a rien de bon chez eux. »
Kenneth Cook montre aussi des connaissances très spécifiques en ce qui concerne les éléphants :
« Sans craindre de trop m’avancer, je crois pouvoir me targuer d’être le seul écrivain en Australie – voire au monde – à avoir administré un lavement à un pachyderme. »
Kenneth Cook est un écrivain australien sans équivalent. Son roman Cinq matins de trop a connu un succès fulgurant, jusqu’à se retrouver au programme des lycées du Commonwealth. Opposant à la guerre du Vietnam, créateur d’un parti politique, propriétaire d’un parc à papillons, réalisateur, scénariste, on peut se demander s’il a vécu toutes ces expériences disparates avec le flegme, la naïveté et le goût pour l’absurde qui transparait dans ses nouvelles. Sa chute la moins drôle restera sa mort, d’une crise cardiaque foudroyante en 1987, près d’une rivière de ce bush parcouru de long en large et si savoureusement décrit.
Il faut prévenir vos proches avant de commencer la lecture du Koala tueur. Ils seront moins surpris d’entendre des éclats de rire. En conclusion, voilà une recommandation très pertinente de Mireille Vignol, traductrice de ce recueil et auteur de sa postface :
« Un conseil, enfin, puisque vous avez déjà lu ces récits : relisez-les donc, mais à voix haute, à des enfants, des amis, votre chéri(e) ou de la famille… et si vous brodez un peu en les racontant, à mon avis, Kenneth Cook ne se retournera pas dans sa tombe. »
Le Koala tueur et autres histoires du bush de Kenneth Cook
Traduit de l’anglais (Australie) et postfacé par Mireille Vignol
Aux éditions Autrement






