Pages à pages

LiVreS ApRès LiVreS…

Archive pour Delaume Chloé -Les juins ont tous la même peau-

Les juins ont tous la même peau de Chloé Delaume

Catégorie Littérature française -Rapport sur Boris Vian-

Parution en janvier 2009

chloe_delaume« Je ne me souviens plus du jour exact. C’est toujours comme ça avec les choses importantes, enfin celles où personne ne meurt en salopant le sol de la cuisine. Je n’ai pas la mémoire des chiffres, des dates, des canevas géorgiens. »

Chloé Delaume saisit à bras le corps une naissance aux mots, la sienne, ou plutôt celle de Chloé Delaume, « personnage de fiction » et « nénuphar », « maladie d’un mort » à qui elle voudrait dire merci.

C’est à ce mort, son « mort principal », qu’elle doit d’avoir vécu un avant et un après, en littérature.

« Avant L’Écume des jours les livres racontaient : ils ne me disaient pas. »

Dans Les juins ont tous la même peau, Chloé Delaume creuse son rapport à la lecture et fait ressentir le séisme de la révélation que lui fait « Boris Vian Boris » : les livres sont vivants.

« Les livres n’étaient pas faits pour être visités. Arpenter les romans pour y quêter émois sensations et transferts c’était leur faire outrage. Désormais tout mon corps se fera pavillon attentif. J’entrais donc en lecture comme d’autres dans les ordres. Et Boris Vian Boris fut élu orateur. »

De cet auteur, et avec « cinquante trois ans d’écart », elle lit tout. Entièrement. Elle « enquête », d’où le « rapport sur Boris Vian » qui souligne le titre.

Nullement question ici d’une biographie, car « on ne peut pas connaître un mort ». Ni d’héritage, un mot bien trop calme, bien trop sage face à la fulgurance du récit. La voix de Chloé Delaume valse, « roman ou poésie laquelle […] comme si c’était une vraie question ».

Dans ce « rapport sur Boris Vian », des alexandrins se dévoilent à haute voix. Mélodique, rythmée, rude et sensible, introspective et poétique, la langue de Chloé Delaume est bien différente des autres. Elle confirme ici, si c’était nécessaire, qu’elle est un écrivain à part, et pourquoi.

les-juins-tous-peau1Les juins ont tous la même peau, livre court, est d’une extrême densité. Impossible après cette lecture de ne pas mieux cerner cette auteure si atypique, cette chercheuse de formes littéraires, ses exigences, ses déflagrations, ce qui la constitue. Récit de la quête existentielle de celle qui attendait quelque chose et qu’une métaphore bouleverse, au sens non figuré.

« Une métaphore m’a fait pleurer. Le nénuphar est une métaphore. Le nénuphar survit à Chloé. Chloé est un personnage de fiction. […] La fiction survit à la réalité. Elle n’est pas plus gaie pour autant. »


Les juins ont tous la même peau de Chloé Delaume

aux éditions du Points

(publié initialement en novembre 2005 aux éditions La Chasse Au Snark)

Du même auteur : Eden matin midi et soir

superbe2