Catégorie Littérature étrangère -Nouvelles-

Publication en juin 2008

goyen-w1Le Chant du moqueur regroupe sept nouvelles, sept œuvres de jeunesse de l’écrivain texan William Goyen, mort en 1983.

La première, qui donne son titre au recueil, est inédite. Les autres ont paru dans diverses publications, hebdomadaires d’étudiants ou revues parfois bilingues. Il s’agit donc du travail d’un jeune écrivain qui n’a pas encore écrit le premier roman qui le fera connaître, La maison d’haleine.

Ici, William Goyen ne joue pas avec l’écriture. Il s’y livre, avec sa personnalité complexe. Ses nouvelles (exceptée Surprise Tapioca, très ludique) semblent pratiquement curatives, la possibilité pour lui d’exorciser ses démons, de répertorier les thèmes qui lui tiennent à cœur.

À l’origine de son mal être, il y a ce déracinement qui, à l’âge de huit ans, le propulse des forêts sauvages de la région de Big Thicket à la civilisation urbaine de Houston. Le choc est rude. La nature sera souvent présentée comme lieu de grande paix et d’innocence, un jardin d’Eden irrémédiablement perdu. Quant à la ville, sous ses mots, elle se remplit de violence et de noirceur, pleine de « rues en furie où tournaient des roues et bouillonnaient des bruits ».

« […] tout était toujours aussi gris, poussiéreux, sec, en ruine comme à la campagne, mais les gens continuaient à y vivre et s’étaient mis à ressembler en tout points à cette ville : gris, couverts de poussière, secs, ils s’effritaient et s’effondraient tous ». (extrait de la nouvelle Les enfants)

L’auteur paraît fasciné par les êtres différents, anormaux. Le personnage principal de Une parabole de Perez, par exemple, est un sourd-muet, « une espèce de bête magnifique qui ne vivait que par des signes » et qui « pouvait japper comme un chacal ou pousser un ululement de hibou » d’étonnement ou de peur.

La mort s’attaque souvent aux plus fragiles : une enfant, juvénile danseuse, se noie à la fin de la nouvelle Le château de Simon ; la jeune Bertie Macray (Le chant du moqueur) meurt rapidement, le corps jaune et boursouflée ; sa mère âgée décède, seule, dans une ville lointaine et inconnue ; Nerea (Les enfants) est écrasée par des roues géantes, et le petit Oker qui dépérit, se fane et expire contre la poitrine d’un narrateur affolé en pleine course.

Nouvelles ou contes, le fantastique n’est pas loin, comme dans Le mal, où l’enfance s’anéantit dans l’éveil de la sexualité d’un jeune homme, ou comme dans La poupée de la tempête, nouvelle teintée de poésie lyrique, qui vient clore ce recueil.

Mais malgré l’indéniable talent de William Goyen, je suis un peu restée sur ma faim. Seule la nouvelle éponyme, Le chant du moqueur, et Surprise Tapioca semblent résulter d’un travail réellement abouti. J’ai souvent gardé l’impression d’une succession d’esquisses. Elles sont attirantes sans doute par leurs traits rapides, marqués, et cette vision de faces tourmentées ou fulgurantes, mais le défaut d’une ébauche est aussi d’être inachevée, sans structure manifeste.

couv-le-chant-du-moqueur1Le Chant du moqueur est donc un livre pour les admirateurs de William Goyen. Ils sauront repérer dans ces pages les personnages emblématiques et les questions incontournables de l’écrivain, sans oublier sa couleur stylistique si particulière. Ils auront la chance d’avoir en main les prémisses d’une œuvre à venir. Les non-connaisseurs, eux, se pencheront avec curiosité sur d’autres livres de cet auteur, peut-être La maison d’haleine, salué unanimement par la critique à sa sortie, et louangé par des lecteurs comme Anaïs Nin, Gaston Bachelard et Albert Camus.

Le Chant du moqueur, nouvelles de William Goyen, Gallimard

Collection Du monde entier, traduit et préfacé par Patrice Repusseau

Autres parutions de William Goyen :

La maison d’haleine (Gallimard 1954), Le fantôme et la chair (Gallimard 1956), Arcadio (Gallimard 1988), Le grand réparateur (Éditions Rivages 1990), Savannah (Grasset 1991), Un livre de Jésus (Gallimard 2008)


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