Catégorie Littérature étrangère -Roman-

Parution en novembre 2008

goran-sahlberg1Il a huit ans.

Son père, prédicateur, ne lui cache pas que la fin du Monde est proche, et lui apprend l’ordre des Âges qui se succèdent.

Après « l’Âge de l’Innocence » et celui de la « Conscience », viendra celui de la « Grande Tribulation »

Sa mère s’arrondit parce qu’un futur « collègue » lui pousse dans le ventre.

Ses parents s’affrontent quelquefois, ils sont si différents. Son père peut s’élever, devenir léger, aussi léger qu’un ballon et tellement imprévisible, surtout lorsqu’il se laisse manipuler par « l’Esprit Farceur », alors que sa mère, elle, ne jure que par une « éducation moderne »

Ils habitent tous les trois un village de Suède, Nyckelberg. Viola, elle, tient la caisse de l’épicerie. Les voisins, monsieur et madame Svensson, vont partir en vacances en Espagne. Les abris seront utilisés s’il y a une guerre nucléaire…

La machine à écrire résonne, crépite, sonne aux retours à la ligne, sous l’écriture fébrile du père, car ses sermons doivent sauver les âmes avant l’Apocalypse et il réfléchit souvent à voix haute, ou se lamente « sur sa faculté à se souvenir de choses qui ne [se sont] pas passées ».

Voilà un bien mince aperçu de ce premier roman, Le jour où le temps s’est arrêté. Le jeune narrateur, sensible et perturbé, va devoir traverser les événements, du mieux qu’il le peut.

Si Göran Sahlberg parle à sa place et utilise le « je », sa voix n’est pas enfantine. Dans un style achevé et inventif, il s’exprime du point de vue de l’enfant et fait du décalage entre réel et perception le principal enjeu. Le garçonnet charme, poétique, avec sa cohérence propre, sa détresse et son humour involontaire aussi.

Il faut savoir interpréter ce qui se passe en termes « adultes » pour en saisir la portée. Sahlberg plonge au cœur de cette vision partielle. Il se met à hauteur de sensations enfantines, de certitudes et de frustrations aussi. Un mélange de crédulité et d’intelligence touche dans ce narrateur dont c’est la première année d’école :

« Mon premier problème fut donc de m’apprendre à ne pas savoir lire. Puisque toute la portée du mot, la signification et même les paragraphes m’étaient évidents depuis longtemps, je devais d’abord rendre le tout incompréhensible. Sinon, je ne pourrais harmoniser l’épellation et prononcer le mot avec la bonne dose de stupéfaction. »

La psychologie des personnages est complexe et l’inconscient du héros transparait dans ses dégoûts, ses manques, ses envies. Cette matière, sous le voile de l’histoire, donne de la profondeur au roman. On s’expliquera après coup la logique d’une réaction, sa répercussion. On comprendra, d’abord confusément, ce qui motive les élucubrations du narrateur, ses envolées, et sa volonté de travestir la réalité. Les allusions créent le sens bien plus fortement que ne le feraient des démonstrations.

Le jour où le temps s’est arrêté, avec son écriture décalée, montre une vision différente, un prisme au travers duquel nous n’avions pas regardé jusque-là, et l’on pourrait s’en tenir à ce constat élogieux.

Mais Göran Sahlberg apporte autre chose : plus que l’œil porté par le jeune garçon sur les choses, c’est sa façon de regarder qui tranche, ou plutôt sa façon de ne pas regarder, de détourner la tête, de ne pas vouloir entendre ni comprendre ce qu’il juge insoutenable. Il s’agit là d’une éruption volcanique et l’auteur tourne autour du cratère, montrant les retombées de cendres, sans que l’on ose lever la tête jusqu’au sommet du volcan. On suppose que le nuage de feu qui s’élève quelque part dans le ciel est phénoménalement dangereux, en tout cas on l’imagine.

C’est dans ce qui n’est pas dit que Le jour où le temps s’est arrêté transperce. De petites phrases en apparence anodines vont nous atteindre, et avec elles, une fulgurante compréhension de ce qui s’est noué. La fin touche et résonne particulièrement.

couv_jour_arrete1Göran Sahlberg est un écrivain suédois, auteur jusqu’ici de livrets d’opéra et de paroles de chansons. J’espère que ce premier roman sera suivi de beaucoup d’autres, car la maîtrise du projet est étonnante. Restera ensuite à attendre les traductions, avec patience…

Le jour où le temps s’est arrêté de Göran Sahlberg

Traduction du suédois par Hege Roel Rousson et Pascale Rosier

Aux éditions Actes Sud



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