Catégorie Littérature étrangère -Anecdotes-

Parution le 5 novembre 2008

robertoalajmo1« À Palerme, en Sicile, quand le vent souffle les gens deviennent zinzins. Lorsque le vent tombe, certains le restent. »

Et c’est qu’ils sont nombreux, les fous, à Palerme !

Roberto Alajmo, par une suite d’historiettes excentriques, les fait défiler ici dans une compilation tantôt grotesque tantôt saugrenue, condensant en quelques lignes l’étrangeté ponctuelle comme le déséquilibre avéré.

Chacune des anecdotes rapportées commence par « un autre » ou « une autre », suivi du nom ou de l’occupation insolite du quidam en question.

Les fragments se suivent autour d’un même thème, rebondissent sur un nouveau sujet, puis sur un autre. Se racontent ainsi à la file des histoires de misère, d’aristocrates, de théâtre, de médecins ou de mafia.

Les personnages s’accumulent, burlesques ou pathétiques. L’auteur laisse juge, et il est parfois compliqué de savoir de quel côté penche la balance. Qui sont les fous parmi tous ces gens ? Ceux qui agissent, ceux qui regardent ou ceux qui encouragent ?

« Une autre, la duchesse de Verdura, commença à perde l’ouïe et la vue à près de quatre-vingt-dix ans. Mais elle en avait honte et faisait semblant d’entendre et de voir encore bien. Elle faisait semblant, par exemple, de continuer à entendre le chant d’un canari auquel elle était très attachée. Quand le canari mourut, pour ne pas lui faire de peine, sa famille le remplaça par un citron, qui du moins était de la même couleur que l’oiseau.

La duchesse vécut encore dix ans, durant lesquels elle allait régulièrement s’asseoir devant la cage du canari. Elle faisait semblant de le voir, de l’écouter et elle souriait.

Quand le citron pourrissait, on le remplaçait par un frais. »

Entre les preuves de dérangement et le jusqu’au-boutisme, la frontière est mince et parfois floue.

Sans oublier que derrière la folie peut aussi se cacher une infinie tristesse :

« Un autre jura de se laisser pousser la barbe jusqu’à ce que le tribunal lui dise qui avait assassiné son fils. »

Roberto Alajmo étonne et semble s’étonner lui-même des bizarreries de ces gens qu’il regarde avec compassion, sensible même à ne pas les froisser :

« Une autre a été vexée d’avoir été mise dans ce répertoire et elle a donc été retirée. De toute façon, ensuite, elle a cessé de courir. »

Les fous de Palerme, suite d’ « histoires courtes, excentriques et illustrées », est à lire au compte-goutte. Ouvrir au hasard, piocher une folie ou deux, s’arrêter, y penser, reprendre une autre page plus tard, tel est le mode d’emploi de ce recueil. Quelques dessins, de simples traits, de Paul Ladouce aèrent ce texte en forme d’accumulation. Ils figent un élément déclencheur ou perturbateur (quelques boutons, une radio, un couteau, etc.), parfois poétiquement.

C’est un œil amusé que Roberto Alajmo pose sur ses congénères. Il empile adroitement toutes ces petites tranches d’absurde, sans acidité ni mépris. La seule supériorité qu’il affiche est d’être, non pas au milieu de sa liste, mais tout en haut :

couv_fous_palerme1« Le premier faisait collection d’histoires excentriques. Il en trouva une et la mit de côté. Puis il en trouva une autre, et ainsi de suite. Quand il en eut recueilli un certain nombre, il en fit un livre. »

Les fous de Palerme, histoires courtes, excentriques et illustrées de Roberto Alajmo

Traduit de l’italien par Danièle Valin

Dessins de Paul Ladouce

Aux éditions Rivages


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