Catégorie Littérature francophone -Nouvelles-

Parution en France le 25 septembre 2008

papineau1Petites histoires avec un chat dedans (sauf une) est un recueil de nouvelles, le premier de Véronique Papineau, québécoise.

On peut l’aimer pour les portraits de chats qui s’y promènent, ainsi que pour cette langue, parfois agrémentée de « snoozer », de « magasinage » et de jurons comme « Crisse d’épais ! », très inventifs quand on n’habite pas la Belle Province.

Mais cela ne s’arrête pas là : certaines de ces nouvelles laissent non pas charmés (enfin pas seulement) mais bel et bien « chamboulé ».

Dormir très mal, par exemple, est l’itinéraire d’une chute : traitée avec une grande économie de mots, comme un constat, cet effondrement n’en est que plus réaliste.

Le lecteur va voir une femme glisser, glisser, avec l’impression d’être un pauvre témoin, bien impuissant à la retenir :

« Être en retard, comme chaque matin. S’en foutre. Avant de se mettre debout, songer que notre vie sera la même jusqu’à la fin de la semaine, jusqu’à la fin du mois, jusqu’à la fin de l’année. Être envahie par une immense lassitude. Toucher son ventre comme un corps étranger. Espérer souffrir d’une mononucléose qui nous clouerait au lit. Avoir mal partout, un peu. Pas assez. Être déçue. »

Pas d’espoir pour les bizarres se pose, au fur et à mesure, sur le fil de l’absurde, entre incompréhension et incohérence, le tout installé de façon crédible, là aussi, dans le réel.

Extra vierge est ma nouvelle préférée : Véronique Papineau y dit ce qui ne se dit jamais, sur fond de grossesse non désirée. Elle y décrit, de manière à la fois très crue et très juste, l’état d’esprit de son personnage, habitée par un « indésirable » : « Il y avait maintenant un autre pilote à bord, cent fois plus petit que moi, et pourtant, c’était lui qui avait le dessus ». Et la chute est épique, de celles qui secouent et font s’écarquiller les yeux…

Garçon en mauvais état est une nouvelle émouvante et inattendue.

C’est là que Véronique Papineau excelle, dans cette façon de surprendre, de provoquer un virage brutal là où se prévoyait une ligne droite.

Le titre du recueil est donc légitime. Si les chats ne sont pas toujours au centre de son décor, l’auteure, elle, est libre comme un chat. Elle sait s’affranchir des clichés et des mécanismes simplistes, mais délicatement, l’air de rien, sans jamais être démonstrative.

L’amour est le thème central de ces nouvelles, ou plutôt « les amours » : celui d’une adolescente perdue en pleine ville, celui d’une femme pour un mari qui s’enfonce, celui d’une autre pour un homme qui lui ment, celui d’un frère pour un frère inaccessible, ou d’une femme délaissée, ou d’une femme qui attend… Tous ces personnages ont en commun l’émotion qui les fait vivre ou tomber. Le regard que porte Véronique Papineau sur eux est tendre, compréhensif et terriblement humain, à l’image du regard de Claude, le chat de la nouvelle éponyme Petite histoire avec un chat dedans :

« J’ai dormi sur le sofa. À un moment, je me suis réveillée. Claude était assis juste à côté de moi, à quelques pouces de mon visage, et il me fixait. Dans l’obscurité, ses pupilles avaient pris une taille démesurée. Jamais Claude ne m’avait regardé ainsi. C’était comme s’il allait parler. Ça aurait eu l’air aussi normal que dans le rêve que j’avais fait. Il ne bougeait pas, restait là à me regarder intensément, respectueusement. Dans son immobilité tenace, il avait l’air plus humain qu’un humain. Et quand je me suis endormie, Claude me fixait toujours. »

On a hâte de lire les prochaines productions de cette jeune auteure. Les chats en seront-ils absents ? Peut-être, mais sûrement pas l’acuité de leur regard, sous ce masque de légèreté.

J’ai pu rencontrer Véronique Papineau quelques minutes, à l’occasion du Festival America 2008 de Vincennes. Elle est souriante, spontanée, humble et simple, accessible. En résumé : éminemment sympathique.

Elle dit qu’elle écrit sur ce qui se passe autour d’elle, qu’elle est encore étonnée que ses nouvelles aient dépassé les limites de ses murs, qu’elle n’imaginait pas cela au moment où elle les écrivait.

Elle dit aussi qu’elle aime les histoires tordues, « twistées », et les personnages complexes, à qui il arrive des choses complexes.

couv_histoire_chat1J’ajoute personnellement qu’elle aime ses héros, qu’elle les comprend, qu’elle leur donne une belle profondeur pour nous faire partager son empathie avec eux.

À lire donc, que l’on aime les chats ou pas.

Petites histoires avec un chat dedans (sauf une) de Véronique Papineau

Editions du Boréal

jeunessapages



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Une réponse "

  1. Je me la note, j’adore les recueils de nouvelles.

    Moi aussi ! Et celui-là a un charme bien particulier ! 🙂

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