Catégorie Littérature étrangère -Nouvelles-

Parution en janvier 2009

photo_peter_stammÀ l’intérieur de

Comme un cuivre qui résonne

se succèdent douze nouvelles de l’écrivain suisse Peter Stamm, douze personnages en quête, mais de quoi ?

Daphné, seule, écoute les bruits qui viennent de l’appartement du dessus. Heidi pense à sa carrière d’artiste avortée. Lukas déambule dans les vestiaires d’une piscine. Wechsler retourne sur les traces de son passé. Michael espère la venue de l’enfant de Dieu. L’amoureux de Luzia brûle tout ce qui lui tombe sous la main, y compris des meubles. Une lettre adressée à un mort modifie à deux reprises le souvenir qu’en gardait sa veuve…

Les personnages de Peter Stamm sont surpris, comme figés dans les phares d’une voiture. Ils se débattent, s’illusionnent, changent de position, font des tentatives de fuites, ou restent. Rien de brutal dans cette écriture. L’auteur utilise l’épure, à l’image de Camille Corot, héros de la douzième nouvelle, Il faut aller dans les champs…

« C’est difficile à expliquer, difficile à comprendre. Tu peins ce que tu vois avec la plus grande précision possible, mais ce qui t’importe n’est pas la précision de cette reproduction. Tu essaies de capturer la sensation, de capter cette sensation imprécise le plus précisément possible. Ce qui compte, c’est la détermination. »

Comme un cuivre qui résonne est l’esquisse de solitudes parallèles, teintée d’incompréhension et de fatalisme. Hommes et femmes se côtoient, enchaînent les gestes, se parlent, mais peuvent-ils réellement se rencontrer ? Chacun d’eux chemine seul, pris dans une logique dont il n’est peut-être pas conscient. Ce chemin est décrit avec « la plus grande précision possible » dans une sorte de constat d’isolement.

« Après le dîner, il était sorti dans le jardin et était resté longtemps dehors, plus longtemps que d’habitude. La nuit tombait déjà quand il était rentré. Des nuages étaient apparus. Olivia, assise dans le salon, regardait les nouvelles du soir. Bruno est allé dans la chambre. Il s’est déshabillé, s’est mis au lit. Est-ce qu’il pleut déjà ? a demandé Olivia en venant se coucher. Bruno n’a rien répondu. »

Peter Stamm montre les mécanismes qui façonnent ces gens et les forcent à chercher ailleurs ce qui leur manque pour avancer. Malgré ou à cause de ce manque, ils avanceront quand même, en claudiquant, exaspérés par un « vieil ami » dans un restaurant de village, engloutis par l’amour qu’ils portent à une femme capricieuse ou un à homme au « regard indiscret et fuyant à la fois ».

Ils chercheront, dans ceux qui les croisent, des pistes pour se reconnaître. De quoi ne plus douter d’eux-mêmes. Sont-ils sûrs d’être qui ils sont, au fond ?

« Il se trouvait petit et prendre conscience de son corps lui était presque douloureux. Il était enfermé dans ce corps, n’était alors rien qu’un humain. Quand il était seul, il s’oubliait et ses seules limites devenaient celles de sa perception : la pelouse mouillée sur laquelle il marchait, les nuages qui couraient au-dessus de lui, le bandeau bleu à l’horizon, l’orée du bois sur l’autre berge. Dans ces moments-là, Lukas aurait pu être n’importe qui ou bien personne. »

Doutes, manques, solitude, les personnages de Peter Stamm sont en souffrance. Mais pas d’éclat de voix ni de sanglot grandiloquent dans ces pages. Juste une peine sourde, discrète, presque imperceptible, sauf à quelques détails près, pris sur le vif, comme fixés sur une photographie : une femme, « le visage enfoui dans ses mains », un homme qui sort d’un cimetière « sans regarder derrière lui », un autre homme, touchant sur un écran le visage de sa mère qui « lui sourit gentiment ».

couv_cuivre_resonneCe sont ces détails que Peter Stamm expose, sans pesanteur. Il fait avancer ses personnages dans l’encadrement des pages, minutieusement, pour nous amener à les voir, à les sentir, à les comprendre. À sa manière, il rassemble « les objets perdus et oubliés jusqu’à ce qu’on vienne les chercher ».

Il a fait la moitié du chemin. Au lecteur de percevoir l’écho en lui, sa répercussion. S’il sait écouter la vibration émise, il entendra peut-être un chant, ni gai, ni triste, mais aussi prenant et profond que le son d’un instrument de musique, justement celui d’un cuivre qui résonne

Comme un cuivre qui résonne de Peter Stamm (Titre original : Wir fliegen)

Traduit de l’allemand par Nicole Roethel

Aux éditions Christian Bourgois


"

  1. […] pages feuilletées Sans tarder je l’ai emprunté Persuadée qu’il allait me passionner Clic-critique. Citation : « C’est difficile à expliquer, difficile à comprendre. Tu peins ce que tu vois avec […]

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