Catégorie Littérature française

-Premier roman-

Parution en mai 2008

sophie_poirier« Je ne sais pas quand ils ont commencé.

Je les vois tous les jours depuis plus d’un an assis dans le même café, à la même heure. Ils ne commandent pas, la serveuse vient et pose les deux verres sur des petites serviettes blanches en papier, une assiette avec des olives, ensuite elle porte la bouteille de whisky jusqu’à la table pour les servir. »

La narratrice de la Libraire a aimé doit être assise quelque part elle aussi, dans ce café. Elle regarde ce couple, rêve, puis les nomme : Paul et Corinne. Elle les écoute : « Ils parlent de livres. Ils se racontent ce qu’ils ont lu ».

Savoir la suite, c’est tirer sur un fil, un fil qui s’allonge au gré des rencontres et des événements. La narratrice va s’effacer pour se pencher sur les traces de cette Corinne, celle qui met tout en œuvre pour rejoindre Paul, en suivant les petits cailloux qu’il sème. C’est grâce à eux qu’elle avance, ou malgré eux, car certains sont funestes – comme, par exemple, le  visage de Paul immobilisé sur une photographie et exposé par un artiste qui ne portraite que les cadavres.

Le point de départ est ce couple, assis à une terrasse. Il faudrait que le point d’arrivée soit le même… ? C’est toute l’incertitude qui va planer sur le dénouement de la Libraire a aimé. Et nous marchons à la queue-leu-leu, derrière la narratrice qui raconte Corinne qui cherche Paul. Discrètement, comme si elle ne voulait pas que nous nous en rendions compte, comme par un tour de passe-passe, le chemin s’allonge, emprunte des boucles et des virages, car Sophie Poirier aime les détours, les sinuosités du paysage, les imprévus qui ne sont peut-être pas des coïncidences.

Ce chemin n’est pas onirique, ce n’est pas celui du chat du Cheshire. Quoique… parfois nos pas vont s’approcher de Paul Auster, d’un nain fidèle ou d’une vieille anglaise excentrique. Mais nous marchons aussi dans une réalité proche.

« Bien sûr il y a l’absence.

Une absence qui raconte l’histoire du monde, et la perte. Elle est émue, pourtant elle ne veut pas se recueillir. Sur le toit du building, son amie Claire lui dit en montrant du doigt : « Les tours étaient par là… » Elle a un air triste en le disant comme si elle parlait d’un amour perdu. »

Dans la Libraire a aimé se trouvent des enjeux de rencontres, de pertes, d’oublis, de retrouvailles. Celui aussi de l’écriture :

« Ne se sentait-il pas charlatan quelquefois avec cette façon de décrire les humains et leurs humeurs ? Ou alors, c’est que vous êtes encore persuadé que les livres disent tout mieux que les hommes, convaincu qu’une phrase sonne plus juste qu’un battement de cœur. Tu aurais beau vouloir raconter mon histoire avec style, et puis du suspense, tu ne pourras jamais écrire comme j’ai manqué l’essentiel. Ni décrire à quoi ressemble une nuit vide quand rien, absolument rien, ne vient te sauver de la peur d’être seul, tu ne pourras jamais décrire ce que c’est de respirer en vain. »

couv_libraire_aimeLa narratrice a rêvé longuement de ce couple, assis dans un café. Elle les a saisi avec sensibilité, comme on encadre une photo qu’on aime. C’est une de ces photos mystérieuses qui reflètent un reflet dans lequel se  répète un trajet à l’infini : un couple de libraires qui parlent de livres et se retrouvent dans des pages…

C’est un premier roman : il faudra garder l’oeil sur les suivants !

La Libraire a aimé de Sophie Poirier

Aux éditions Ana

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  1. keisha dit :

    Encore un chouette livre on dirait! Une blogueuse enthousiaste va me l’envoyer, je vais donc le lire.
    Bonne fin de week end

  2. pagesapages dit :

    Keisha, je pense que vous n’allez pas être déçue. Il faudra nous raconter ce que vous en pensez ! 🙂

  3. sylvie dit :

    Tu le fais voyager aussi! avec liliba et moi, qui suis « la blogueuse enthousiaste » de keisha, nous voilà trois à faire voyager ce livre!
    J’en informe sur mon post…

    C’est sûrement contagieux, alors 🙂 !

  4. Katell dit :

    Du coup je ne peux que te remercier d’être venue parler chez moi de ces livres voyageurs!
    Je m’inscris pour ce titre alléchant « La libraire a aimé »!!!

    « La première arrivée sera servie plus rapidement » comme disait Confucius. (comment ? Ce n’est pas de lui ? Alors, c’est moi qui disait ça 🙂 )

  5. Bénédicte dit :

    j’ai beaucoup aimé ce premier roman très réussi et plein de délicatesse

  6. […] Une longue chronique sur Pages à Pages : « (…) Le point de départ est ce couple, assis à une terrasse. Il faudrait que le point d’arrivée soit le même… ? C’est toute l’incertitude qui va planer sur le dénouement de la Libraire a aimé. (…) » […]

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