Catégorie Littérature française -Roman-

Parution en janvier 2009

xavier_patierPrenez Kafka – sans le molester, avec délicatesse – et asseyez-le devant quelques petits verres de vin de l’Hérault jusqu’à ce qu’une douce ébriété l’envahisse : vous obtiendrez Le silence des termites de Xavier Patier.

Narcisse s’occupe d’une galerie d’art, à Montpellier, avec son ami Brice à l’éternel bonnet vissé sur la tête. L’exposition en cours doit présenter les œuvres de Jason Spick dont Narcisse a rédigé la biographie, et sur le compte duquel il n’est pas dupe (« Je sais aussi, d’ailleurs, que Jason Spick ne s’appelle pas Jason Spick mais en réalité André Poulard, mais qu’il n’a pas assez de talent pour assumer un nom pareil »).

Tout va bien pour Narcisse :

« J’étais sûr de moi. La preuve, je parlais fort, à cette époque. Et je mangeais gras. Et je mettais du sucre dans mon café. (On trouvait encore du café sans difficulté fin novembre, et du sucre autant qu’on en voulait.) Je disais « tu » à des artistes connus que je voyais pour la première fois. Et je n’avais pas besoin de faire du sport pour être en pleine forme. Côté projets, le compte y était. Pour ce qui était de l’avenir, Brice avait peut-être raison, mais je n’avais pas peur. Je finis par lui rétorquer : « D’accord pour les projets, Brice. Je n’ai plus d’avenir, sans doute, mais j’ai encore des projets. L’avenir, c’est bon pour les morts ! « »

Mais une apocalypse s’annonce : les maisons s’effondrent les unes après les autres.

Elles implosent, détruites jusque dans leurs fondations par des termites d’un nouvel âge, dévoreuses et indestructibles.

« Un parfum d’avant-catastrophe planait. Les termites creusaient en silence. Pendant que nous parlions, les termites creusaient. C’est peut-être le silence des termites qui m’angoissait à mon insu. »

Ajouté à cela que la femme qu’il aime et lui se sont séparés sur un « commun désaccord », voilà un mince aperçu de la teneur du Silence des termites.

Dans ce monde futuriste, les données ont changées. Le sport est prohibé, interdit par le gouvernement, et des autodafés s’érigent pour réduire en fumée raquettes, baskets et joggings. Les joueurs de rugby sont arrêtés et risquent l’exécution.

L’exode va pousser les personnages de Xavier Patier à fuir un Montpellier en ruines dans un véhicule militaire.

Ils croiseront des prédicateurs célébrant la « civilisation des termites, la plus ancienne que l’on connaisse, […] la plus curieuse, la plus complexe, la plus intelligente et, en un sens, la plus logique, la mieux adaptée aux difficultés de l’existence qui, avant la nôtre, se soit manifestée sur cette planète ».

Les caractères des uns et des autres vont être, dans ce chaos, exacerbés. L’autoritaire va se faire « commandant » et l’artiste frustré « Monseigneur ». Au milieu du lot, Narcisse, lui, garde une lucidité à toute épreuve, un humour omniprésent, et surtout le cap sur son idée fixe : retrouver la femme qu’il aime.

Xavier Patier garde un rythme soutenu et un ton semi-grave semi-fantaisiste tout au long de son Silence des termites. Certaines scènes, comme celle du vernissage de Jason Spick ou celle de l’arrivée des réfugiés dans le « Duché d’Aniane » sont d’une grande drôlerie.

Derrière la dérision, des réflexions à propos du courage, de la liberté et de la société affleurent, sans discours supérieur ni mépris. C’est que Narcisse, le narrateur, est plutôt clairvoyant :

silence_termites« Comme les autres habitants de l’immeuble, j’étais au nombre de ces marginaux qui portaient encore une cravate, je nouais mes lacets de chaussure, je me rasais le matin, je payais mes impôts en temps et en heure, je votais aux élections, je traversais la rue dans les clous, je portais un casque pour rouler à vélo. Je faisais mine de me moquer de tout, mais je ne transgressais rien. Mon refus du monde était secret : ainsi il me semblait plus fort. »

Le silence des termites est donc une fable très très réjouissante.

Et heureusement, complètement irréaliste !

Entendez-vous dans les murs ?… Comme des grignotements…  Non ?… Bah, j’ai sans doute rêvé…

Le silence des termites de Xavier Patier

Aux éditions de la Table Ronde

(collection Vermillon)


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