Catégorie Littérature française -Roman-

Parution en avril 2009

eric_emmanuel_schmitt1« Alors que j’étais maigre, long, plat, Shomintsu s’exclamait en passant devant moi :

− Je vois un gros en toi.

Exaspérant ! De face, j’avais l’air d’une peau de hareng séchée sur du bois d’allumette ; de profil… on ne pouvait pas me voir de profil, je n’avais été conçu qu’en deux dimensions, pas en trois ; tel in dessin, je manquais de relief.

−Je vois un gros en toi. »

Le début du Sumo qui ne pouvait pas grossir plante instantanément l’intrigue.

À quinze ans, Jun, le narrateur, est un adolescent maigrichon, livré à lui-même, qui survit comme un chat de gouttière dans les rues de Tokyo. Il utilise presque toute son énergie à se couper d’un monde qu’il juge horripilant.

«J’étais devenu intolérant à la terre entière. Y compris à moi. Un sujet captivant pour la médecine si elle s’était penchée sur mon cas : je faisais de l’allergie universelle. Rien ne m’attirait, tout me répugnait, vivre me provoquait des démangeaisons […]. »

Shomintsu va tenter d’amadouer le jeune Jun en l’attirant au bord d’un dohyô, pour qu’il assiste à un tournoi de sumo, ces « lutteurs adipeux », « mastodontes dénudés ceints de tabliers brodés chatoyants », ce « chapelet de saucisses multicolores ». Et Jun va peut-être apercevoir ce que maître Shomintsu voit en lui : un gros qui sommeille.

C’est tout le propos du Sumo qui ne pouvait pas grossir. Peu à peu, nous saurons pourquoi Jun se remplit d’irritation lorsqu’il se tourne vers son passé et sa famille. Son enfance, entre une mère « ange » de bonté et un père absent, n’a pas été des plus épanouissantes :

« Si on m’avait demandé de dessiner mon père, j’aurais dessiné le rasoir électrique dans la salle de bains, un nom sur la boîte aux lettres, un placard comprenant trois paires de chaussures et deux costumes sombres. »

Nous verrons comment Jun va trouver ses marques, et se retrouver lui-même, sous l’œil attentif de Maître Shomintsu et de ses  préceptes bouddhistes (« si ce que tu dis n’est pas plus beau que le silence, alors tais-toi »).

Ceux qui chercheraient dans ce livre une description réaliste du quotidien d’un sumo à l’entraînement en seront pour leurs frais. Éric-Emmanuel Schmitt se place entre fable et conte. Mais le traitement n’est pas sentencieux grâce à la gouaille de son héros.

Jun n’a pas sa langue dans sa poche, quite à contrarier un policier aux cheveux décolorés qui lui cherche des noises : « C’est crédible un Japonais qui veut passer pour un Suédois et qui ne parvient qu’à ressembler à une télé mal réglée ? »

couv_sumo2La lecture du Sumo qui ne pouvait pas grossir est plaisante et le style non dénué d’humour. Dans ce roman court, Éric-Emmanuel Schmitt joue avec des thèmes simples – simplistes, diront les grognons – comme l’acceptation de soi et la quête de la sérénité.

L’apprenti-sumo de ce livre est donc bien différent de ses collègues : aucune trace de surcharge pondérale et un mawashi que l’on devine brodé d’optimisme.

Le sumo qui ne pouvait pas grossir d’Éric-Emmanuel Schmitt

Aux éditions Albin Michel



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  1. Sebastien L dit :

    Un livre que je souhaiterai lire, apres avoir découvert Schmitt dans « Ulysse from Bagdad ». c’est léger, c’est printanier, c’est dans l’air du temps! Alors, pas de grognons, voilà un livre frais qui se laisse dévorer!

    Oui, une fable, une fantaisie.. A bas les grognons ! 🙂

  2. […] Chris, Cocola, Edelwe, Jelydragon, Laurent, Lepetitmouton, Liliba, Line66, Madame Charlotte, Pages à pages, SébastienL, Stephie76, Tiphanya, Tvless, […]

  3. sylvie dit :

    bah… Je fais partie des grognons alors… 😦

    Oh, ben non, ben non, ben non ! Peut-être l’état d’esprit dans lequel on se trouve avant lecture joue beaucoup sur le plaisir (ou pas) qu’on y éprouve… J’avoue que j’étais très « légère » en le lisant, d’où le sentiment agréable peut-être amplifié par ça… Maintenant, ce roman a-t-il mérité d’être au top des ventes… je ne suis pas sûre…

  4. gab dit :

    je trouve ce livre bien pour les jeunes car moi qui n’aime pas du-tout lire quand j’ai commencé se livre je ne trouvais pas ça intéressant et au bout d’un moment j’ai accroche donc je dis merci d’avoir crée se livre car c’est celui si qui ma donne envie d’aider des personne et de travailler mon orthographe même si je n’aime pas ça. ^^

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