Catégorie Littérature étrangère –Roman-

Parution en avril 2009

culicchia_giuseppe1Ça commence comme un roman de plage.

Un homme de quarante ans, Luca, et sa jeune femme, Benedetta, passent leur voyage de noces en Sicile.

Farniente en bord de mer, papotages entre la jeune épouse superficielle et son mari qu’elle qualifie de « paranoïco-hypocondriaque »… L’ambiance est légère, parfois nostalgique, lorsque le narrateur, Luca, se souvient de son enfance et de ses vacances de petit garçon dans la région de Marsala. On se prend à chantonner Una giornata al mare de Paolo Conte, en lisant Un été à la mer

Rien qui pèse. Excepté peut-être un décompte : les titres des chapitres sont des chiffres qui se succèdent, partant de zéro à…

Excepté aussi les coups de téléphone répétés de la mère de Luca, à qui il répond toujours les même phrases : « Allô… bonjour maman… oui, tout va bien, je te remercie… non, il n’était pas éteint… il ne devait pas y avoir de signal… d’accord… entendu… bien sûr… pas de problème… oui, ne t’inquiète pas… d’accord… je lui transmettrai… au revoir. »

Excepté encore cette obsession qu’a Benedetta de vouloir faire un bébé. Et d’utiliser un appareil performant pour connaître le moment favorable à la fécondation. Et de vérifier qu’elle n’est pas enceinte, plusieurs fois par jour, avec un test qui s’avère toujours négatif – peu fiable ou périmé, sans doute. Et sa méfiance envers Luca  : a-t-il réellement envie d’être père, avec toutes ses idées alarmistes sur l’avenir de la planète…?

Non, rien ne pèse. À part les revues de presse récurrentes, les gros titres des journaux, lus à voix haute pour Benedetta, elle qui ne s’y intéresse jamais :

« J’attrape un quotidien au hasard. Je lis.

« Hum… alors… voyons ce qui se passe… Naples : urgences ordures : peut-être une évolution. Les premiers chargements de déchets sont partis vers les incinérateurs d’autres régions. […] Le thermomètre explose dans toute l’Italie. Températures record de Bolzano à Agrigente. […] Écoutes téléphoniques : après Calciopoli et Vallettopoli, éclate le scandale Savoiopoli. […] Prodi : nous accomplirons notre travail pour le bien de l’Italie. […] Les spécialistes des médias : plutôt que des photographies d’actrices et de top models, les italiens préfèrent des femmes journalistes pour illustrer les calendriers. Ilaria D’Amico nue vaut huit cent mille euros. […] Un cerf kamikaze se suicide en bloquant un train à Bardonnecchia…  » Je m’arrête, hors d’haleine. Je reprends mon souffle. « Qu’est-ce que tu en penses ? Je continue ?

−Bof, j’aurais presque envie de retourner à l’eau ». »

Rien de vraiment lourd. Sauf le souvenir du père, qui arrive parfois, par bouffées. Luca met ses lunettes de soleil pour pouvoir pleurer derrière elles sans le montrer.

Sinon, tout va bien. Ah, non : il y a aussi ses cheveux qu’il perd ou croit perdre, il doit vérifier par un savant jeu de miroir que le sommet de son crâne n’est pas en train de se dégarnir trop rapidement ; c’est qu’il a quand même quarante ans…

Et puis, cette Katja qu’il croise, vingt ans après leur liaison… Et la fille de Katja, si aguicheuse, tellement perturbante…

Vous l’aurez compris, sous le parasol et les odeurs de crème solaire, il n’y a pas que de la douceur  de vivre pour Luca.

Très discrètement, car ce roman a l’aspect d’une légèreté estivale, l’auteur d’Un été à la mer, fait le constat d’un désenchantement. C’est un roman sur la vacuité, la solitude, le pessimisme, la prédétermination, le marasme et la morosité… Mais cela ne se voit pas tout de suite, car Guiseppe Culicchia raconte son histoire comme un préparateur en pharmacie sucrerait un médicament pour en masquer le goût acide.

À plusieurs reprises et l’espace de quelques secondes, Luca voudra s’échapper, prendre un autre chemin, s’extraire des tentacules lancées par sa femme, sa mère, le souvenir de son père, ou une ancienne liaison retrouvée. Ses menottes invisibles lui pèsent. Au point de perdre la tête ? Qui sait… Ce qui est sûr, c’est que l’Italie risque bien de gagner la Coupe du monde de football, cet été là. Une victoire qui aura peut-être un effet imprévu sur son destin.

Sans être pamphlétaire, Giuseppe Culicchia dénonce ce qui le choque de l’état de l’Italie de 2006. Presque ete_a_la_mer1clandestinement, il fait l’état des lieux.

Il donne des chiffres, et laisse au lecteur le choix de faire lui-même l’addition. Et celle-ci est bien moins légère qu’une journée de vacances « al mare »

Un été à la mer de Giuseppe Culicchia

Traduit de l’italien par Françoise Brun

Aux éditions Albin Michel


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