Catégorie Littérature française -Souvenirs-

Parution en novembre 2008

portraitedwigeExtrait : « Je ne sais pas les années…

J’ai « passé » de quinze à vingt parce que je n’avais pas envie de raconter mes quinze à vingt ans, c’est tout. C’est une période qui ne m’a pas plu alors je l’ai effacée le plus possible de ma mémoire. Si je cherche, je ne trouve que des banalités. »

Vous croyez avoir ouvert un livre de souvenirs ?

Eh bien, non. C’est une porte que vous avez ouverte. Et vous êtes entré dans un salon, accueillant, avec de jolis rideaux aux fenêtres et du thé sur la table basse. Edwige vous invite à vous assoir près d’elle. Elle raconte.

De temps en temps, elle arrête de parler, sans doute pour ouvrir la porte au chat –  elle a enfin un chat : « comme je m’étais promis et comme mon mari me l’avait interdit mais il est parti avec une autre » – puis elle reprend là où elle en était restée. Ou ailleurs. Parce qu’elle ne peut pas s’empêcher de « faire des digressions. Là est mon plaisir, si je dois uniquement me souvenir, c’est du pensum ».

Edwige raconte Philippe Soupault, les poèmes de Reverdy et sa rencontre brutale (la nuit, dans les « ouatères ») avec une toile de Modigliani.

Elle raconte les grands restaurants, et le « tout Paris » qu’elle voit avec ses yeux de jeune fille étonnée.

« Je me souviens de ma première première à Paris et avec lui, une sorte de flamme entièrement violette lui avait sauté au cou.

Ah ! Mon Philippe !

et des baisers partout. Et après Philippe, gêné me dit :

-Venez !

et m’entraîne aux toilettes pour que je lui enlève le rouge à lèvres.

[…] je me disais

-C’est ça, le tout Paris ? C’est enlever du rouge à lèvres dans les toilettes ? »

Alors, vous n’êtes pas bien, dans ce salon, avec Edwige ? Elle est drôle, franche, piquante. Pudique aussi, l’émotion passe en filigrane.

Dans ce livre fin de couleur parme, la mise en page soignée accentue certains mots, avec une taille plus large de  police de caractère. En plus de l’aspect poétique donné au texte, c’est l’intonation d’Edwige, son phrasé qui se montre, se fait entendre encore davantage.

Elle n’a pas évoqué ses « plus beaux souvenirs ». Ils ne sont pas dans son album photos, car pas « prenables. Ce sont ceux qui n’ont pas existé. Tous ceux qui furent vécus en rêvant. »

Tiens, avant de vous lever et de la quitter, posez-lui cette question : avez-vous des regrets, Edwige ?

« Ce que je regretterai de ne pas avoir vécu, au moment de monter au Ciel, seront mes moments les plus complets, ceux qui ne m’auront jamais déçue.

couv_tante_m_edwigeJ’espère bien qu’à ce moment-là seulement les plus beaux moments de Wagner me projetteront à Bayreuth. Dieu peut bien faire ça pour nous. Je monterai au ciel à dos d’éléphant comme Pierre Loti quand il va vers Angkor. J’ai tellement rêvé de voir se balancer un cornac et d’être dans les branches… »

Tante M., Philippe S. et les autres d’Edwige

Aux éditions Complicités

Collection les Minuscules Littéraires


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