Catégorie Littérature étrangère -Roman-

Parution en avril 2009

adriana_lisboaExtrait : « Peut-être que rien n’avait eu lieu, que rien n’avait d’importance réelle. Et que l’histoire qui les avalait tous n’était qu’un petit trait sur le mur, un gribouillage fait au crayon par un enfant malicieux.

Pourtant il y avait quelque chose d’insupportablement grand dans tout ça. »

Il est question de Maria Inês et de sa sœur Clarisse qui se retrouvent, après avoir été séparées trop longtemps. Il est question d’Afonso Olímpio, leur père et d’Otacília, leur mère. De Tomás, le peintre, et d’un tableau de Whistler aussi…

Comment rendre compte avec justesse de la lecture Des roses rouge vif ? Et du style si imprévisible d’Adriana Lisboa ?

C’est un livre envoûtant par l’atmosphère qu’il laisse planer. La narration joue avec le temps, donnant à lire cette histoire à la fois dans l’ordre et dans le désordre. C’est un napperon de dentelle, en construction, dont on identifierait le dessin – le dessein – au fur et à mesure que les mains de la brodeuse travaillent.

Les personnages vont apparaître, d’abord esquissés, une partie d’eux seulement dans le tableau d’une fazenda du Brésil. Mais ce tableau est le détail d’un tableau plus grand qui va doucement se dévoiler tout  entier grâce à ce que l’écriture dessine. Et les postures des personnages prendront sens.

Le premier à être visible sur cette toile est Tomás, le peintre :

« Avant, quand il avait vingt ans, Tomás refusait de polluer son travail avec une signature imprévue, susceptible de perturber la composition générale, comme quelqu’un qui tousse en plein concert, comme les lumières d’une salle de projection qui s’allument avant la fin du film. »

Les silhouettes des deux sœurs, Maria Inês et Clarice, sont dépeintes soudées par une douleur qui ne dit pas son nom :

« Et il y avait ces paroles de chair vivante que Maria Inês et Clarice n’échangeaient jamais. Leurs parents leur avaient appris le silence et le secret. Certaines réalités ne pouvaient être dites. Ni même pensées. Là-bas, les choses étaient régies par un mécanisme très particulier, capable d’attraper le malheur dans son cours entre les viscères et les artères, et de lui fabriquer un masque de pierre. Alors, Maria Inês continuait à garder pour elle ces paroles sanguinolentes et faisait attention à ce qu’elles fissent le moins de mal possible. »

couv_des_roses_rouge_vifDeux petites filles, maintenant plus âgées. L’une d’elle a planté un arbre à monnaies avec une pièce en guise de graine. Un papillon vole au-dessus des têtes de quatre enfants insouciants. Un fichu imprimé de roses rouge délavées par les lessives… Des roses rouge vif est étonnant. Force et délicatesse s’y mêlent sans se contredire, de la même façon qu’y est décrite la « bonne-mauvaise » odeur de Venise.

La Symphonie n° 1, la jeune fille en blanc de Whistler revient, ainsi qu’un refrain. À croire que la jeune fille qui s’y trouve connait parfaitement le secret Des roses rouge vif.

Des roses rouge vif d’Adriana Lisboa

Traduit du brésilien par Béatrice de Chavagnac

Aux éditions Métailié


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  1. Cuné dit :

    Ca fait vraiment plaisir de lire ton bel avis sur ce roman dont inexplicablement on n’entend parler nulle part !

    C’est vrai, je me demande bien pourquoi le silence autour de ce roman. Style original, histoire étonnante, bel objet… Vraiment, je ne comprends pas. Et si on montait un stand avec des affiches pour sa promotion quelque part ? Je ferais des crèpes…

  2. Chère amie

    Récipiendaire du Premier Prix Saramango, prix qui récompense un jeune auteur de langue portugaise, il serait malheureux de passer à côté de ce roman encensé un peu partout en Europe et… en Amérique. Si si. Il est possible d’obtenir ce bouquin par Internet. Je suis allé visiter – par curiosité – le <a href="http://www.adrianalisboa.com.br/&quot; target="_blank"site Web de cette écrivain. Quelle grâce.

    Pierre R. Chantelois
    Montréal (Québec)

  3. Chère amie

    Désolé. Le lien n’a pas fonctionné. Le revoici :

    http://www.adrianalisboa.com.br/

    Pierre R. Chantelois

    Merci Pierre !
    En relisant ma chronique, je la trouve bien incapable de montrer à quel point ce roman est atypique et envoûtant. Il faudra vraiment qu’Adriana Lisboa ait l’écho qu’elle mérite.
    Et merci de votre passage ici (illumination de Pages à pages garantie !)
    🙂

  4. valérie dit :

    vous allez donc être content d’apprendre, si vous ne le savez pas déjà, que ce roman bénéficie d’une page entière dans le Elle paru samedi dernier et que cet article est très élogieux. Ca plus vos commentaires me donnent très envie de le lire.

    Super ! Tant mieux si cette auteure pouvait obtenir un succès de librairie avec la publicité de Elle, ce ne serait pas scandaleux ! Merci d’être passée pour donner cette bonne nouvelle, Valérie 🙂

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