Catégorie Littérature française -Nouvelles-

Parution en avril 2009

gisele_harrus_redivi« Sous l’orage

Rouges s’effeuillent les coquelicots

Après l’orage

Rouges ils se balancent au vent,

Les mêmes ?

Se demandait le sage

En son jardin »

Ainsi s’ouvre Coquelicot sous l’orage de Gisèle Harrus-Rédivi. De fleurs, il ne sera pas question dans ces nouvelles, mais d’hommes et de femmes, bouleversés par des orages intenses.

« Le sage en son jardin » est ici une sage, psychanalyste et universitaire, qui se lance pour la première fois dans la fiction après plusieurs publications comme Parents-immatures et enfants-adultes (chez Payot en 2001) et Séduction. La fin d’un mythe (chez Payot en 2007). La fiction ou plutôt « les fictions », puisque ce recueil compte huit nouvelles.

L’écriture de Gisèle Harrus-Rédivi est vigoureuse. Certaines phrases claquent comme des coups de fouet, d’autres s’allongent dans un calme que l’on devine précaire. C’est que les turbulences qui agitent ces vies sont extrêmes.

Tahar, par exemple, le personnage central de la nouvelle Le Témoin va côtoyer la barbarie de si près – et si souvent – qu’il en sera comme foudroyé.

« Tahar le regarda de l’œil atone et vide qui était désormais le sien : « D’Artagnan est mort », parvint-il à prononcer. À la tête de son interlocuteur, il réalisa vaguement l’incongruité de son propos : « Je suis déjà mort, merci Monsieur ». Il ouvrit la porte et sortit de l’hôpital. »

Caroline se marie et prend l’avion pour commencer une nouvelle vie, la fille du tailleur veut parfaire ses connaissances en informatique, Fred et Ninette s’envoient des e-mails, Claude raconte une rencontre qui ne s’est pas faite, tous et toutes vont absorber la tempête et tenter d’en faire quelque chose.

Parfois, il ne reste Rien.

« À l’usine, elle rencontra plusieurs filles de son école, qui lui demandèrent ce qu’elle était devenue ces dernières années : « Rien, dit-elle, absolument rien ». »

D’autre fois, des Samovars s’alignent sur les étagères, signes que les blessures du passé perdurent et, dans leurs ricochets, continuent à infliger des dégâts. La gangue du silence, celle qui dit « Tu ne penseras point », est difficile à ouvrir.

Mais, par moment, elle s’ouvre toute seule, comme une boîte d’où surgirait un diablotin à ressort. C’est le cas lorsqu’Élise prend la parole dans Liens.

« J’ai apporté un savon doux, une bassine et des serviettes. Et j’ai frotté, frotté. Rien n’y faisait, les os étaient bruns, incrustés de petits gravillons qui leur donnaient une rugosité hostile. Ce n’était pas ça, une maman. »

Les personnages de Gisèle Harrus-Rédivi comptent les coups, se relèvent (ou pas), et s’examinent avec l’espoir d’être encore entiers.

L’auteure pose sur eux un œil précis et savant. Les chutes sont sans appel, inéluctables. Certaines soulignent notre impuissance à atténuer la peine de ces malmenés du sort.

couv_coquelicots_orageLes coquelicots sont-ils les mêmes après l’orage ? Le sage s’interroge.

Ils se balancent encore sur leur tige.

Tout comme Bella, héroïne de la troisième nouvelle et fille de Salomon le Magnifique, ils savent sans doute qu’ils n’ont pas d’autre Choix que celui-là.

Coquelicots sous l’orage de Gisèle Harrus-Rédivi

Aux éditions Hermann


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  1. sylvie dit :

    J’ai noté les références…..Le « pitch » fait envie. Merci

    De rien Sylvie ! C’est toujours un plaisir quand tu passes par ici ! 🙂

  2. sylvie dit :

    Je note moi aussi, une autre sylvie…
    Le titre, la couverture bien sûr m’ont particulièrement interpelés… ton billet m’a convaincue!

    Tu me raconteras ensuite ? Chouette ! 🙂

  3. […] lire également la critique de Christine Jeanney sur Pages à […]

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