Catégorie Littérature étrangère -Roman-

Parution en janvier 2009

alejandro_zambraIncipit : « JULIÁN AMUSE LA PETITE avec « La vie privée des arbres », une suite complète d’histoires qu’il a inventées pour l’endormir. Les héros en sont un peuplier et un baobab qui, la nuit, quand personne ne les regarde, discutent à propos de la photosynthèse, des écureuils ou des nombreux avantages qu’il y a à être un arbre et non pas une personne, ou un animal, ou, comme ils disent, un morceau de ciment débile. »

Julián raconte ses histoires à Daniela, la fille de sa femme, Verónica. Ce soir-là, l’histoire s’allonge et s’allonge et continue, même lorsque Daniela est endormie. Julián continue de parler, cette fois pour lui-même, de parler et d’écrire ce roman. Jusqu’où ? Jusqu’à quand ?

« Quand [Verónica] rentrera, le roman sera fini. Mais tant qu’elle ne rentre pas, le livre se poursuit. Le livre se poursuit jusqu’à ce qu’elle revienne ou jusqu’à ce que Julián soit sûr qu’elle ne va plus revenir. »

L’univers qu’Alejandro Zambra donne à lire est sous la coupe de cette incertitude. Le personnage de Julián est aussi incertain qu’un arbre est végétal. Ce qu’il raconte de ses pensées et de ses actes transmet sa volonté d’apporter des structures à son existence, comme il a le désir de tailler un bonsaï, de le regarder pousser patiemment, s’épanouir, tendre de nouvelles branches, ou se dessécher avant de dépérir.

Profession ?

D’ « avoir des pellicules ».

Mais plus loin et plus sérieusement : « de créer des mots et de les oublier dans le bruit ».

Car que va faire Julián, à part « Tolérer, supporter, trimballer, se coltiner, porter, soutenir, prendre en charge ; prendre en charge la nuit – accepter l’obscurité, savoir porter sa portion de nuit, accepter une part de la nuit, vaincre l’obscurité, se soustraire à la lumière, s’enfoncer dans la nuit, se charger de l’obscurité, se charger de la nuit.

La pointe du stylo fait des hachures, l’encre couvre la page d’eau noire. »

La vie privée des arbres fait le compte-rendu d’un monde où nous cherchons des clés volatiles. Nos certitudes s’égrènent, rassurantes, mais rien n’est sûr. On peut se faire croire que le roman finira – c’est ce que fait Julián – quand Verónica rentrera enfin, si elle rentre, ou pas.

Pourquoi pas ? Ou quand le bonsaï sera mort. Ou quand Daniela sera grande, et marchera le long d’une plage avec Ernesto son fiancée. Ou quand une professeur d’anglais fixera une date de rendez-vous, au milieu d’une « foule d’enfants, de parents et de parapluies ».

Ce roman court est poétique sans en marquer l’intention. C’est un haïku sur la vacuité, une sentence sans morale, un raisonnement sans conclusion. L’univers se délite, avec nous dedans, qui noircissons des pages ou taillons des bonsaïs. Le charme de l’écriture d’Alejandro Zambra est tout entier dans un non-dit qui perd pied, dans l’évaporation d’un futur tel qu’on l’imagine, dans une certitude, la seule honnête, qui dit que rien n’est certain.

couv_vieprivee_arbresAinsi, l’unique réponse en cohérence avec Julián, devant son attente, le manque ressenti, ses peurs et les réminiscences de son passé, sera bien humble.

Il la donnera à Daniela, cette petite fille qui n’est pas la sienne. Pour cela, il devra juste la regarder, l’embrasser, « et la laisser aller »…

La vie privée des arbres d’Alejandro Zambra

Traduit de l’espagnol (Chili) par Denise Laroutis

Aux éditions Rivages


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  1. ficelle dit :

    Effectivement, ça me fait très envie ! Encore une fois, c’est une belle chronique que tu fais là, sensible et intelligente. Je le dis en toute sincérité.

    Merci Ficelle ! ça me va droit au coeur. Je suis persuadée que tu ne serais pas perdue dans le monde d’Alejandro Zambra ! 🙂

  2. Chère rédactrice

    Vous savez ce qui me plaît bien chez vous, en tant que critique littéraire, c’est le côté singulier de vos choix de lecture qui nous donnent envie tout entier de dévorer les livres. Le titre à lui seul est une trouvaille. Et l’auteur ne semble pas avoir déçu en maintenant un intérêt pour cette fuite devant l’ordinaire. Et vous nous en avez présenté un avant-goût qui se laisse désirer. Je vais, je crois, céder.

    Pierre R. Chantelois
    Montréal (Québec)

    Cher Pierre, c’est là que je me rends compte que la littérature est plus que vaste ! On devrait inventer un nouvel adjectif pour décrire ça. Ce livre est un coup de coeur pour moi ! 🙂

  3. Thomas dit :

    La WWF a déclaré que le livre de pornographie botanique était une horreur ^^

    Ce n’est pas faux. Les platanes ont des mœurs déplorables. La honte me monte au front, moi qui fait la promotion de ces insanités... 🙂

  4. cathulu dit :

    Argggh je sens que je vais craquer, arbres haïkus, plus un superbe billet !!!:)

    Merci ! 🙂 C’est mon coup de coeur de la semaine, ce livre-ovni. (d’ailleurs, ça me fait penser qu’il faut que je le mette dans la catégorie Coup de coeur de la semaine, sinon, je suis complètement incohérente...

  5. cathulu dit :

    ayé un clic et c’est parti !

    Tu me raconteras ? 🙂

  6. NARA CHAMBLAY dit :

    Bonjour je vous envoyes le blog du festival belles latinas à Dole, où Allejandro Zambra va participer!A bientot et bonne journée!

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