Catégorie Littérature française -Premier roman-

Parution en février 2009

catherine_servan_schreiberExtrait : « Ma Lisette Chérie,

J’étais heureuse d’entendre ta voix et furieuse de la perdre. C’est de plus en plus compliqué de se parler par téléphone. […] Paul fréquente des Allemands très comme il faut, bien élevés, galants, qui parlent un bon français si on fait abstraction de leur accent ! Il paraît qu’on nous envoie la crème des officiers. Pour eux, Paris est une récompense. »

L’auteur de cette lettre, c’est Juliette. Et Paul, son mari, est un homme de conviction qui vénère le Maréchal Pétain. C’est aussi un préfet qui collabore avec l’occupant.

Dans cet extrait, Juliette écrit à sa sœur, Louise, épouse d’un brillant intellectuel juif qui n’a cessé de dénoncer Hitler dans ses éditoriaux et ses publications. Les deux beaux-frères se situent donc dans deux camps on ne peut plus éloignés l’un de l’autre.

Louise et Juliette, c’est d’abord la séparation de deux sœurs qui s’aiment. Entre elles s’élève la ligne de démarcation, avec tout ce qu’elle entraîne comme privations ou luxe insolent.

De ces deux sœurs, Catherine Servan-Schreiber raconte les tiraillements.

Juliette est prise dans ses contradictions : rester fidèle à ce mari « droit dans ses bottes » qui montre beaucoup de zèle à ne faire « que son devoir » et, en même temps, garder le fil qui la lie à sa sœur. Sa lutte est discrète – il faut sauver les apparences, ne pas provoquer la colère de ce mari ombrageux – mais efficace, dans la mesure où elle saura s’opposer à l’impensable : la dénonciation, l’arrestation.

Louise, finalement la figure centrale de ce roman, est elle aussi soumise à des forces contradictoires, entre ses valeurs humanistes, la survie de son mari et de ses enfants et l’amour qu’elle éprouve pour Juliette. Elle tentera de la comprendre sans la juger, une entreprise presque vouée à l’échec. La Cour Martiale de la Résistance, elle, ne s’embarrassera pas d’états d’âmes lorsqu’elle statuera sur le cas de son beau-frère.

Louise et Juliette est la description de deux parcours parallèles dans un style essentiellement au service de la trame.

L’immersion dans l’époque est bien menée, avec des détails précis et une description du quotidien très documentée. Catherine Servan-Schreiber mêle efficacement la fiction à l’Histoire.

Le monde de Louise est plus longuement décrit que celui de Juliette et, sans doute, plus émouvant. Les événements, la mise en danger permanente, tout concourt à un suspense qui pousse à aller au bout de cette lecture presque « dans l’urgence ».

Au rang des bémols à émettre : le style non dépourvu de clichés, et la construction qui place au début du roman les deux vieilles dames que sont devenues Louise et Juliette de nos jours. Le livre n’aurait pas souffert de s’ouvrir directement sur le jour du 5 septembre 1939, date à laquelle commence les itinéraires séparés des deux sœurs.

couv_louise_julietteAu final, une phrase de Catherine Servan-Schreiber illustrera parfaitement ce qui constitue le nerf de Louise et Juliette :

« Louise fuyait les Allemands, Juliette les attendait.

C’était une différence fondamentale, un fossé si profond qu’il donnait le vertige. »

Louise et Juliette de Catherine Servan-Schreiber

Aux éditions JC Lattès


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  1. ficelle dit :

    Est-ce qu’il s’agit d’un roman épistolaire ? (sûrement que non, vous l’auriez précisé je pense…) Ça me donne envie, même avec vos « bémols », et puis je pense aussi à mes élèves, peut-être une lecture pour eux ?

    Disons que les lettres, même peu nombreuses apportent une sacrée véracité au propos. Et pour des élèves, ça peut-être une approche « sensible » de cette période, une façon d’entrer dans ce quotidien, et un point de départ pour une réflexion sur la responsabilité, la citoyenneté, la prise de risque de l’homme à l’heure des choix. C’est une lecture simple qui peut enrichir à beaucoup de points de vue. 🙂

  2. ficelle dit :

    Merci pour ces précisions !

  3. Stéphane dit :

    Bonsoir,
    Bon, un autre avis.
    Je viens juste de le terminer et je suis beaucoup moins enthousiaste. Louise est quand même représentée comme une « superwoman », et moi ça m’a agacé rapidement : c’est la plus belle, ne prends pas une seule ride alors que sa soeur change, jamais fatiguée avec des journées de 56 heures, quand on tire sur elle seuls les personnes autour sont touchées, les allemands qui l’arrêtent c’est pour lui faire des cadeaux (tellement elle est belle). Non, pour moi le personnage en fait trop, une chance incroyable que c’en est peu crédible.
    Et les lettres sont peu nombreuses, même ces lettres d’ailleurs je n’y crois pas : on peut écrire et téléphoner à une famille juive qui vit pépére à Megève (excusez du peu).
    Désolé mais le coté réaliste n’y est pas, c’est un joli roman imaginaire sur le lien de 2 soeurs, c’est tout.

    Le temps a passé depuis ma lecture, et je serais sans doute moins enthousiaste aujourd’hui. En y repensant, c’est vrai que le côté « héroïne » de Louise est un poil exacerbé. ( le début, avec la mort de Louise est peut-être un peu long, et les lettres pas assez nombreuses, c’est vrai). Je comprends bien tout ce que vous dites, c’est toujours intéressant d’échanger plusieurs points de vue sur un même livre. 🙂

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