Catégorie Littérature étrangère -Premier roman-

Parution en novembre 2008

pavel_sanaievIncipit : « Je m’appelle Sacha Savéliev. Je suis en CM1 et je vis avec ma grand-mère et mon grand-père. Maman m’a échangé contre un nabot buveur de sang et a accroché une lourde croix au cou de grand-mère. Et j’y suis pendu depuis l’âge de quatre ans. »

Les élucubrations déjantées d’un petit garçon ? C’est ce que l’on croit lire tout d’abord, le sourire aux lèvres… Absurdité poétiques, fantaisies… Mais non, au fur et à mesure que se tournent les pages d’Enterrez-moi sous le carrelage, il faut bien constater que Sacha décrit parfaitement la réalité, sa réalité. Et que c’est même bien pire que ça.

La « lourde croix au cou de grand-mère », c’est Olia, la maman de Sacha, une « trainée » selon la grand-mère, incapable de s’occuper de son fils. Olia a préféré partir avec son amoureux, « un nabot » si malfaisant que la grand-mère déclare qu’il verse du poison dans l’assiette d’Olia tous les jours – il doit forcément boire du sang de temps à autre, en toute logique… C’est à l’âge de quatre ans que Sacha a été réquisitionné par cette grand-mère, cette grand-mère, cette grand-mère… Comment la décrire ? Il faut peut-être laisser Sacha la raconter :

« Pourquoi j’étais un idiot, je le savais déjà à l’époque. J’avais un staphylocoque doré logé dans le cerveau. Il me rongeait les méninges et chiait dedans. Même les gardiennes étaient au courant. Grâce à grand-mère. Tenez, par exemple, elle me cherche  avec les granules homéopathiques et elle demande aux gardiennes :

-Vous n’avez pas vu mon débile ?

-Mais pourquoi un débile ?… Il a l’air assez dégourdi.

-Il en a l’air seulement ! Il y a belle lurette que le staphylocoque lui a dévoré tout le cerveau.

-Enfin, je m’excuse, qu’est-ce que c’est ?

-Un microbe, il est effroyable.

-Le pauvre garçon ! Et ça se soigne ?

-Chez les gens normaux, oui. Mais les antibiotiques lui sont interdits, comme les sulfanilamides.

-J’ai pourtant l’impression qu’il a grandi, ces derniers temps. […] Et en plus il est débile ?

-Complètement ! s’esclaffe grand-mère, sûre d’elle, tandis qu’un sentiment de fierté pour son petit-fils la submerge : personne n’en a un de semblable. »

Dans ce roman russe, la grand-mère ne correspond pas à l’image d’une babouchka folklorique. C’est une furie, grotesque, carnavalesque, une hydre déchaînée qui, au lieu de parler, éructe et déverse sa haine et ses imprécations sur tous ceux qui s’approchent.

Elle semble pourtant très attentive à la santé du petit Sacha, qui n’a pas le droit de transpirer ou de quitter ses collants, car « il pourrira à seize ans ». Elle l’ensevelit sous les analyses, les médicaments, les prises de sang, et surveille très rigoureusement ses devoirs. Témoin la scène où Sacha écrit « crépupusculaire » à la place de « crépusculaire » dans son cahier d’écolier :

« -Or-dure. Se moquer de moi comme ça ! Autant sucer le sang de quelqu’un ! Combien de fois j’ai rebattu les oreilles de ta mère en lui disant : « Étudie, sois indépendante ! » Combien de fois je vais devoir te rabattre les oreilles, et tout cela pour rien… Tu seras exactement comme elle. La même merde soumise. Tu vas étudier, exécrable vaurien, tu vas étudier, tu vas étudier, hein ?! »

Le grand-père aussi en prend pour son grade :

« -Mais enfin, serais-tu un débile, par hasard ? s’enquit grand-mère d’une voix glaciale, tandis que le visage de grand-père, qui espérait être encensé, pâlissait comme du persil oublié au fond d’un  réfrigérateur. Dieu m’a punie en m’obligeant à partager la vie d’un crétin pareil : mais il nous faut bien vivre et le subir ! »

Par magie, Pavel Sanaïev introduit le rire dans son roman, car certaines scènes sont très drôles, vues sous l’angle du résistant petit Sacha. Et mystérieusement, l’auteur montre, par de brusques plongées sensibles, ce qui a transformé une femme en grand-mère irascible, et un homme en grand-père falot et impuissant.

Les détails s’accumulent, éclairant les héros. Et l’amour, l’incroyable amour de Sacha pour sa mère va se tendre et se détendre comme le fil d’un élastique.

« Enterrez-moi sous le carrelage » est l’exacte contraire du « jamais plus » pour Sacha, l’assurance qu’il pourra voir sa mère, Olia, éternellement. Au fil des pages, la description de cet amour contrarié ajoute une dimension déchirante à la trame, et pousse à finir cette lecture dans une quasi urgence.

enterrez_moi_carrelageCe premier roman est une bourrasque !

Émouvant, impitoyable, surréaliste quand la fièvre de Sacha est trop forte, comique quand le petit garçon décrit l’appartement où il habite, bouleversant et pitoyable quand la folie déforme le visage de la vieille dame qui lui sert de famille… Une expérience, réellement !

Avec une fin où soulagement et compassion se mêlent, et où l’on n’a qu’une seule envie : à la supplique de Sacha, Enterrez-moi sous le carrelage, répondre oui !

Enterrez-moi sous le carrelage de Pavel Sanaïev

Traduit du russe par Bernard Kreise

Aux éditions Les Allusifs

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  1. Clarabel dit :

    Je ne sais pas si tu as suivi, mais ce roman figure parmi les 4 finalistes pour le prix auFeminin.com (auquel j’ai participé ^^) … 🙂

    Je ne savais pas. Je viens d’aller regarder et c’est le seul que j’ai lu parmi les quatre. Du coup, je suis presque sûre que c’est le meilleur… 😉

  2. KIKI dit :

    Encore un site pour ce verbiage facile qui n’appportera rien à personne.
    N’importe quel gamin qui lira ça y trouvera sa pature,car la lecture est facile pour un jeune sans repère littéraire,mais fastidieuse pour un adulte.
    Récit laborieux,mais qui ne vaut pas Gorky ou Bazin.
    La fin ressemble,un peu,à « Sans famille ».
    Tant mieux pour l’auteur,s’il y gagne quelques sous.
    Avec les memes ingredients,on aurait pu faire une meilleure soupe.
    Je n’ai pas gardé mon ticket de caisse et je le regrette.

    Alors là, Kiki, si vous connaissez l’endroit où se faire rembourser les livres que l’on n’a pas aimés, il faut partager cette bonne adresse avec vos semblables, nous vous vénèrerons jusqu’à la 12eme génération 🙂 .
    A part ça, je suis en désaccord avec vous à propos de Sanaïev, mais vous l’aurez sans doute remarqué toute seule. (entre nous, une question : pourquoi être allée jusqu’au bout de cette lecture si elle était si fastidieuse ? Se préserver du déplaisir il faut.

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