Catégorie Littérature étrangère -Folie-
Parution en mai 2009

s_j_perelmanExtrait : « Soudain, je m’aperçus que le rédacteur en chef m’examinait attentivement.

-Pourquoi ne vous lanceriez-vous pas dans un voyage autour du monde pour notre journal ? suggéra-t-il.

Il y eut un silence d’une rare solennité. Lorsqu’un homme que vous connaissez à peine vous suggère un voyage de neuf mois à travers vingt-sept pays, vous êtes en droit d’en tirer au moins une de ces quatre conclusions : 1) c’est un imposteur ; 2) il est fou amoureux de votre femme et ne reculera devant aucune extrémité pour vous éloigner du pays ; 3) vous vous êtes incrusté par erreur dans un film d’Alfred Hitchcock ; 4) vous avez succombé à un mélange de bougeotte, de paranoïa, d’ennui existentiel et de cognac. Presque aussitôt, néanmoins – en fait aussitôt que les serveurs eurent fini de m’appliquer des serviettes froides sur le front –, je retrouvai mon aplomb naturel.

-Très bien, si vous insistez, consentis-je en étouffant un bâillement. Je suppose que c’est une marque de faiblesse, mais à vous, je ne peux rien refuser. Idiot, n’est-ce pas ? »

L’avantage incontestable de ce Tous à l’ouest ! est de nous offrir un voyage à peu de frais, derrière un accompagnateur hors catégorie, un guide estampillé quinzième degré, si ce n’est plus ! C’est comme assister à un stand up ininterrompu, à un spectacle pétillant, malicieux, ironique, enrichi en dérision et en auto-dérision (peut-être aussi en Oméga 3 ?). Il faut être clair : S. J. Perelman se révèle incapable de produire plus de deux phrases sérieuses d’affilée.

hirschfeldselfportraitSon camarade de croisière est le caricaturiste Al Hirschfeld, à propos de qui certains détails peu connus seront révélés :

« L’île est ravissante, en particulier les environs de Repulse Bay et de Stanley village avec leurs innombrables criques et promontoires. Comme il aurait été plaisant de s’y faire dorer au soleil en se contemplant le nombril… Mais Hirschfeld n’était pas seulement complexé, il était aussi dépourvu de nombril. Peut-être aurais-je l’occasion de lui en trouver un à Macao, notre prochaine escale, où j’avais entendu dire que tout était à vendre et à acheter. »

Notre narrateur passe par tous les états émotionnels : flegme, colère, intérêt, étonnement :

« Je tombais de haut et, que cela fût dû aux fatigues du voyage, aux quatre cocktails que je m’étais enfilés ou à la fin d’un rêve d’enfance, les larmes me montèrent aux yeux. »

Mais rien n’arrête les deux compagnons de voyage qui font preuve d’une belle obstination :

« Nous ignorions où nous allions, ni même comment nous y allions, mais nous étions sûrs d’une chose : quand nous serions là-bas, nous y serions. Et ça, c’était déjà quelque chose, même si ce n’était rien. »

Dans des conditions difficiles (« [Notre chambre] était une cellule de moine toute en longueur qui donnait sur la cour. Il y faisait extrêmement chaud et elle était si étroite que deux personnes ne pouvaient y entrer ensemble sans se scarifier la peau au passage ») ces explorateurs n’hésitent pas à amasser des objets-souvenirs :

« Après un long marchandage, nous nous retrouvâmes avec assez de sacs de soirée, de colliers, de poudriers, de coupe-papier, de fourchette à cocktail, de miniatures mongoles et de marque-pages pour approvisionner la population d’une petite ville du Midwest comme Fort Wayne. »

Perelman est infatigable, et chaque page de Tous à l’ouest ! pourrait donner lieu à plusieurs citations.

couv_tous_a_louestComment s’étonner alors de lire ce que pense de lui Woody Allen :

« Il n’existe aucun écrivain comique comparable à S. J. Perelman. C’est aussi simple que ça. […] Aucun écrivain actuel n’égale son sens du comique, sa folie inventive, son talent narratif et l’originalité éblouissante de ses dialogues. »

Je peux témoigner ! Si Al Hirschfeld savait dessiner ses contemporains, Perelman, bien après sa mort, est encore capable de dessiner, lui, de larges sourires sur les visages de ses lecteurs. Et avec une efficacité redoutable !

Tous à l’ouest ! de S.J. Perelman

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Thierry Beauchamp

Aux éditions Le Dilettante

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