paley« Pour nous mettre à l’aise, pour apaiser nos cœurs tandis qu’elle agonisait, notre vieille amie Selena a dit : La vie, après tout, n’a pas été une horreur sans répit – vous savez, j’ai vraiment passé quelques années merveilleuses avec elle.
Elle montrait du doigt une enfant qui paraissait jaillir d’un portrait au mur – longs cheveux bruns, tablier blanc, tête et épaule en avant. »

C’est la première phrase de la nouvelles Amies, et elle est assez symptomatique de la façon de procéder de Grace Paley.

D’abord, elle ne prend pas ses lecteurs pour des benêts. Elle les place directement au cœur de l’action et du verbe de ses personnages – car dans de nombreuses nouvelles, c’est un personnage qui s’exprime et s’adresse à nous. Et elle ne se perd pas en descriptions soporifiques, ni sur la psychologie des « acteurs » qu’elle a choisi de montrer, ni sur les lieux dont elle parle. Droit au but. Et ses mots sont comme de multiples flèches lancées tous azimuts.

Elle dévoile l’essence d’un personnage sans le traduire ni le paraphraser. À nous de faire A+B, de tirer des conclusions, de sentir. De rire aussi, car Grace Paley est très vive, avec un côté imprévisible, un peu « bizarre » mais toujours tournée vers l’humain, entre curiosité pour ses travers, sens de son ridicule et empathie.

Que ce soit dans Les petits riens de la vie, Plus tard le même jour ou Énorme changement de dernière minute (les trois recueils réunis ici dans un même tome), chacune des nouvelles proposées est un régal.

Vivacité, peine, Grace Paley ne rate rien des conversations dans une cage d’escalier ou sur les bancs d’un parc. Elle s’installe dans un appartement et montre ses va-et-vient, petites misères, petites joies ou moments de folie.

« Malgré tout, j’ai donné à Clifford encore une chance de se rétracter et de rester mon ami. Je lui ai dit : « Merdeux ? Mon éducation a été dégueulasse ? »
Ce coup-là, il n’a même pas pris la peine de répondre, occupé qu’il était à rassembler ses effets épars dans la pièce.

L’air s’échappait doucement de mes deux poumons qui se dégonflaient. L’eau est montée en bouillonnant, menaçant de pénétrer, et je serais morte de pneumonie galopante – chose dont je n’avais jamais entendu parler – si ma main ne s’était pas saisie d’un cendrier de verre et ne l’avait lancé sans qu’une décision personnelle eût la moindre part dans ce geste.

Clifford était à quatre pattes en train de chercher les chaussettes qu’il avait laissées vendredi sous le fauteuil. Il avait le dos tourné vers moi ; sa tête était dans une position qui convenait bien à la trajectoire. Et c’est un imbécile heureux qui serait passé de vie à trépas si je n’avais été aveuglée par les larmes et n’avais par conséquent fait que lui arracher le lobe d’oreille, qui n’est guère qu’un vestige d’organe de toute façon. »
Elle montre le dessous des cartes, incisive, jamais cruelle. Et il est pratiquement impossible d’expliquer comment, avec peu de mots, des métaphores percutantes et inattendues, elle arrive à lancer des émotions vers le lecteur, à rendre l’intensité de l’amour d’une mère, la solitude ou le retour sur soi singulièrement lucide d’une femme âgée sur son parcours.

couv_nouvelles_paleySi on ajoute à ça la personnalité même de Grace Paley, militante pacifiste, luttant pour l’alphabétisation, contre la violence et les dictatures, pour la place des femmes et pour tout ce qui peut améliorer le sort des enfants… Une belle nature, que l’on devine expansive, unique. Ses Nouvelles nous offrent son regard, une vraie richesse, une vraie découverte d’elle et des autres…

Nouvelles de Grace Paley
Trois recueils : Les petits riens de la vie, Plus tard le même jour et Énorme changement de dernière minute

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Claude Richard et Sylvie Granotier, Traduction révisée par Catherine Texier

Aux éditions Rivages

Catégorie Littérature étrangère -Nouvelles-
Parution en mai 2009


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  1. Martine dit :

    Je savais bien qu’il fallait pas que je vienne ici! Je ne peux que le rajouter à ma loooooooongue liste! Mais aurais-je assez d’une vie pour tout lire? !!! J’ai intérêt à vivre centenaire, moi! ;o)))
    Merci Christine!

  2. cathulu dit :

    Lus séparément il y a longtemps …Une novelliste hors pair !

    Oh oui. C’est une sacrée découverte pour moi ! 🙂

  3. dominique dit :

    Quelle bonne surprise que cette parution! j’ai adoré  » Les Petits rien de la vie ».
    Merci de l’information.

    De rien ! Une bonne adresse ! 🙂

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