Hubert Haddad« Pour la première fois de ma vie, j’écris sans projet d’être lu, simplement pour garder le fil, et ne pas perdre la raison (serait-il trop tard, ma solitude est-elle irréversible ?). »

Le narrateur de Géométrie d’un rêve s’est isolé à la pointe bretonne, dans une maison face à l’océan et aux récifs. Il y tient son « journal de bord » mêlant ses souvenirs à son quotidien.

C’est un écrivain qui n’écrit pas. Non pas par manque de sujets, au contraire : les projets sont nombreux, trop nombreux, c’en devient presque embarrassant, comme si ce trop-plein de possibles le détournait d’une entreprise plus intime, plus importante.

« Mon histoire pourrait s’intituler les Invisibles et mettrait en scène des personnages flamboyants mais décalés, qu’on ne pourrait aucunement voir ou remarquer. Une actrice célèbre assise par terre avec un panneau « J’ai faim », par exemple. »

[…]

« Autres sujets pour continuer à vivre […]. Une vocation d’écrivain orientaliste. Ce qu’il ignore : il est la réincarnation d’un auteur des antipodes et ne fait que transcrire son œuvre sans le savoir.
Un traducteur génial qui élèverait au chef-d’œuvre un récit mineur d’une langue que personne d’autre que lui ne connait vraiment. »

Feuillets après feuillets, c’est sa vie qu’il dévoile : son amour fulgurant pour une cantatrice, sa liaison avec la fille d’un yakuza, une mère morte en l’enfantant, une grand-mère conteuse, et sa difficulté à faire un tout de ses expériences, y compris des fantômes qui le tiraillent :

« Mon arbre généalogique est une fougère sans racine. Des gitans sédentarisés ont laissé loin derrière eux l’arabesque des voyages témoignait des rencontres favorables. Une bombe, un incendie, et voilà disparus les noms, les identités qui circulaient à travers les siècles comme des boutures de fleurs rares. »

[…]

« Si j’étais fou, je dirais que j’héberge un spectre. Plus vraisemblable est l’inverse, toutefois. Le volet dégondé n’a cessé de rythmer les bourrasques dans la cheminée. J’ai rêvé d’un labyrinthe d’abandons et de retrouvailles plein d’impasses obtuses comme des faces de jeteurs de sort. »

Le narrateur de Géométrie d’un rêve, s’il tend souvent vers un lyrisme exalté, fiévreux (parfois aux limites du maniérisme), tente d’approcher ses failles.

Dans cette construction complexe, la perte, l’isolement, l’enfance, l’amour et la haine offrent chacun un pan auquel se raccrocher. La question existentielle du doute apparait au final comme l’armature cachée du projet, le nom de la figure « géométrique » inédite qui hante cet écrivain en exil, pendant qu’il explore la narration et ses détours multiples…

Géométrie d'un rêve d'Hubert Haddad, aux éditions Zulma« La part du mensonge est infime dans le journal intime : elle touche seulement les événements réels. Que faire de ces pages maintenant, les oublier dans un tiroir comme le cœur de la mouette, les transposer dans un roman, excellente façon d’en rendre le contenu vraisemblable, ou bien plutôt les donner à lire une fois pour toutes aux flammes ? »

Géométrie d’un rêve d’Hubert Haddad
Catégorie Littérature française -Roman-
Parution en août 2009

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