« Jeanne se terre. Jeanne a peur. Elle pose son mouchoir sur son nez, appuie bien fort, tant pis si ça fait mal : c’est le prix de l’entêtement. Elle a rabattu les volets, fermé les fenêtres et tiré les rideaux. Mais cela ne suffit pas, les fantômes entrent quand même. »

Ils sont nombreux, les personnages d’Emmanuelle Urien, à vivre dans un monde presque parallèle au nôtre.
À moins qu’elle ne les place parmi nous, mais dans une situation délicate, dangereuse, décalée, comme au départ d’un toboggan vertigineux…

Tout commence par un rien, une banalité : une femme fait sa valise, un colis a été livré, un magasin ferme le dimanche, un jeune homme va aux toilettes…
A priori, rien de dramatique dans ces situations, qui vont pourtant changer, se tordre, être poussées à l’extrême jusqu’à la cassure, un cahot annoncé, néanmoins étonnant.

« Lui, c’est Tonio, le taxi : casquette publicitaire vissée sur l’occiput et cigarette au bec, une main sur le volant et l’autre qui gesticule, un Italiano vero. Tonio fait parler tous les clichés du genre, à Venise il conduirait les gondoles avec la même maestria ; rien ne dit d’ailleurs qu’il ne le fera pas un jour : l’Italie, c’est la porte à côté, il suffit de regarder dans la bonne direction. Tout est question de point de vue, assure Tonio. »

Emmanuelle Urien
maîtrise les situations et agit comme une arme à double détente. Après la lecture d’une nouvelle, le titre prend un tout autre sens, et l’introduction se lit différemment. De petits signes étaient-là, prêts à nous alerter, et nous avons marché à côté de la faille sans la voir (ou en préférant l’ignorer…). Certains parcours, proches de la chute d’Icare, nous font craindre ce moment où les attaches des ailes fondent. Les personnages, si humainement campés, risquent gros. Et parfois, ce sont eux qui appellent le pire, à moins qu’ils ne soient déjà passés sur l’autre rive…

« L’appartement est tout petit, il n’y a que deux pièces et la salle de bain. Mélanie Bix, à peine entrée, remarque le lit, propre et blanc. La femme remonte le thermostat, on a bien le droit à un peu de confort. Elle a ouvert le sac de Mélanie Bix et sorti ses vêtements. Les robes sont évidemment chiffonnées, mais elle ne fait aucun commentaire sur leur état, elle demande simplement à Mélanie Bix si elle souhaite se changer, et ce qu’elle aimerait porter. Elle ne va plus dire un mot, maintenant, seulement hocher la tête et se laisser guider. »

Court, noir, sans sucre, premier recueil de nouvelles d’Emmanuelle Urien, publié chez L’Être minuscule, était devenu introuvable. La maison d’édition Quadrature le ré-édite donc, dans cette version revue et augmentée que l’on prendra plaisir à relire autant qu’à découvrir.

Le titre ne ment pas. C’est court, c’est noir, ça ne contient aucune friandise.

Et il ne reste parfois que
« Deux lignes dans les journaux pour décrire le néant ».

Court, noir, sans sucre d’Emmanuelle Urien
Aux éditions Quadrature
Parution en février 2010
Catégorie Littérature française et francophone -Nouvelles-
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  1. Françoise dit :

    Je suis l’heureuse propriétaire de la première version que j’avais déjà beaucoup aimée. Merci à Quadrature de donner une seconde vie à ce recueil de haute tenue.


    J’approuve grandement ! (en fait, j’approuve toujours grandement Françoise, c’est un principe de vie et je m’en suis toujours bien portée :-))

  2. keisha dit :

    Grâce à cette deuxième édition j’ai pu découvrir ces nouvelles, que l’apparement angélique Emmanuelle Urien (si on regarde ses photos) nous a concoctées, pour notre plus grand plaisir!

    Angélique en apparence, c’est vrai ! (testé et confirmé par ces nouvelles) 🙂

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