Entre catalogue d’exposition et livre, L’évidence feuilletée d’un monde se place dans la collection Art & Portfolio de Publie.net. Cinquante pages intelligentes, réflexives qui, dès le début, donnent envie d’y revenir pour mieux saisir un projet à la fois large et pointu. Des textes font tremplin vers des toiles et leur apportent une perspective autre avec une liberté, une spontanéité qui marque une grande ouverture.

Armand Dupuy écrit à propos des tableaux de Jérémy Liron. Il se place à ˝hauteur d’homme˝, engage à laisser place aux sensations, accompagne jusque dans le doute devant ce qu’il faudrait saisir.

« Sans doute faut-il accepter de ne comprendre pas grand-chose en s’approchant d’un ensemble de peintures. Accepter également de ne pas en avoir compris beaucoup plus en s’écartant. Il suffit peut-être de se laisser saisir puis dériver avec, d’être attentif à la singulière présence de la somme, à la sourde inquiétude qu’elle peut provoquer. Se laisser déplacer tout en notant les pensées diffuses dans leur succession confuse. »

Une sorte de balance se créé entre textes et tableaux, faisant voyager de l’un à l’autre pour y trouver des résonances. Justement, le voyage est l’élément générateur.

Jérémy Liron travaille à Lyon et expose à Béthune d’où l’intitulé du projet, Lyon-Béthune (octobre 2009-janvier 2010).

« Il se pourrait que les tableaux de Jérémy Liron traitent des rapports entre l’immobilité du monde et les déplacements d’un sujet. Ou de l’inverse. Ou même, des mouvements et des actions réciproques de chacun dans l’autre. Il se pourrait qu’ils traitent de cette friction qui produit des étincelles. Car le monde file, il nous échappe, nous évacue. Nous luttons de toutes nos forces mais nous filons avec. »

Les paysages peints par Jérémy Liron, souvent des immeubles, marquent un temps d’arrêt dans une fuite. Armand Dupuy les prend tels que et les décrypte.


Paysage n° 74, huile sur toile, cadre chêne, plexiglas 123 x 123 cm – 2009.

« On observe quelques tâches rouges ou brunes qui semblent essuyées sur la vaste façade blanche. On pense à Léonard de Vinci qui stimule son imaginaire dans les altérations des murs décrépis, on pense encore au coq qui se fait puis se défait quand le jeune Pierre Soulages s’approche d’une éclaboussure de goudron qu’il aperçoit par la fenêtre en faisant ses devoirs. On pense également à ce qu’on voyait dans les nuages, il y a longtemps, ou bien à ce qu’on discerne, le soir, fatigué, qui se débat dans le motif du papier-peint. »

Les dernières pages de ce portfolio donnent toute la place aux tableaux, montrés intégralement ou dans le lieu d’exposition, à l’intérieur du cadre qui leur est prêté, et c’est une autre résonance qui s’installe, en vis-à-vis d’un lustre, d’un parquet ou du reflet d’une vitre en écho sur la toile. La création en situation, née du monde et s’installant en lui.


Paysage n° 73, huile sur toile, cadre chêne, plexiglas 123 x 123 cm – dyptique – 2009.

« Jérémy Liron peindrait donc des écrans. Entendons le mot dans ses deux acceptions, bien sûr : ce qui entrave et ce qui constitue une surface de projection […] une surface où se réfléchir et s’apercevoir, ˝faire et réfléchir l’expérience d’un monde˝, dit le peintre. »



L’évidence feuilletée d’un monde de Jérémy Liron et Armand Dupuy
Chez Publie.net
Collection Art & Portfolios
Mise en ligne en mars 2009
Catégorie Littérature contemporaine numérique

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