« Elle prit un certain plaisir à palper le foie du mort, ses biceps, à le retourner, à le renifler, juste pour impressionner Monot qui détournait le regard. Elle enfila ses gants pour examiner la besace : le linge de corps était étonnamment propre. Elle sortit le livre, Les Châtiments de Victor Hugo.

-Qu’est-ce que vous en pensez, Monot ?
-Ce n’est pas ce que je préfère dans son œuvre poétique. Les Rayons et les Ombres, ou les Voix intérieures, ça me parle plus. À la fin de ma fac de lettres, en travaux dirigés, j’avais…

Viviane se crispa : il jouait au con, ou il était vraiment comme ça ?

-Mais je m’en fous, Monot, de vos études. Je m’en fous de la littérature. Je vous demande si ça ne vous paraît pas bizarre, un clodo qui lit des poésies de Victor Hugo. »

Elle, c’est la commissaire Viviane Lancier, et si elle se « fout de la littérature », ce n’est pas complètement réciproque, car cette affaire est littéraire, quoiqu’elle en pense.
La victime ? Un sosie de Victor Hugo. Au rang des pièces à conviction, un sonnet attribué à Baudelaire…

Oui, les figures de ces deux écrivains célèbres participent à l’enquête de la commissaire Lancier et de son nouvel équipier, l’attendrissant Augustin Monot, jeune, beau garçon et pas très au fait des procédures, puisqu’il n’hésite pas à réécrire les dépositions des témoins en en enjolivant le style.
Il est également à l’origine de quelques initiatives malheureuses :

« Elle regarda son adjoint avec désolation : un type qui pouvait provoquer de telles catastrophes, en les trouvant « aussi simples que cela », allait lui manquer. Sur qui allait-elle pouvoir passer ses nerfs ? »

Car des causes d’énervement, Viviane Lancier n’en manque pas. Cœur solitaire, passant d’un régime amaigrissant à l’autre, esquivant savamment les appels téléphoniques de sa mère, contrariée par le souvenir d’une liaison ratée, cette femme énergique mène son enquête à hue et à dia, surveillée de près par la presse.

Les cadavres tombent, les indices énigmatiques s’accumulent, autant que les suspects…
La commissaire n’aime point les vers devrait être un roman policier : c’est écrit sur la page de garde, et il en a les mécanismes, le décor, la machinerie. Il baigne pourtant dans une atmosphère autre.

Si Georges Flipo mène ses personnages sans les perdre – ni nous perdre – au milieu d’un imbroglio qu’il a très sérieusement construit, il le fait sans se prendre au sérieux.
Les pincées d’humour égrenées ça et là, ainsi que quelques doses de deuxième degré, donnent une ambiance légère, charmante, peu banale dans ce genre polar, d’ordinaire noir.

On y apprend par exemple ce que pense une médium du fantôme de Victor Hugo.
(« un des contacts les plus faciles. Parfois, il vient sans même qu’on l’appelle, et il n’y a plus moyen de le faire décoller »)
Et qu’une victime peut se faire tuer cinq fois.
(« Dans l’ordre : étouffement, absorption d’une dose massive de Lexomil, asphyxie au gaz de ville, étranglement, et enfin asphyxie au gaz butane »).

La commissaire n’aime point les vers ne disparaîtra pas dans les limbes, puisqu’une suite est prévue, à paraître en 2011 :
La commissaire n’a point l’esprit club. Sera-t-elle secondée par le lieutenant Monot ?… On l’espère, car le duo est savoureux, autant que doit l’être (pour une vache) la production d’un certain X.B. :

« La page jaune annonçait : Xavier Baudelaire, Blocs à lécher. Alimentation minérale des bovins. […] le fameux Kill Mouch’ : « Léché par vos vaches, ce bloc aux algues est magique, il confère à leur sueur une odeur répulsive pour les mouches et tiques. »

-Ça n’a aucun rapport avec le sonnet, ces trucs, soupira Viviane. »

La commissaire n’aime point les vers de Georges Flipo
Aux éditions de La Table Ronde
Roman policier
Parution en février 2010
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  1. […] This post was mentioned on Twitter by Christine Jeanney. Christine Jeanney said: La commissaire n'aime point les vers sur Pages à pages http://tinyurl.com/288cm75 http://ff.im/jC3qv […]

  2. pauvre Victor qui ne peut plus faire tourner les tables pour écouter des esprits dire du Hugo, et qui doit attendre qu’on le convoque ! et elle s’étonne qu’il s’installe ?

  3. Martine dit :

    Ah! Christine! Quel bonheur de te lire à nouveau! Tu m’as manqué!
    Tes présentations m’ont beaucoup manqué aussi!
    Signé: une revenante…

    Ah mais, je suis aussi revenante que toi… 🙂 On va voir nos deux silhouettes fantomatiques main dans la main, hanter les blogs ! (c’est la faute du temps qui passe trop vite et n’est pas coopératif, tout ça)

  4. Un vrai polar jouissif comme je les aime. Je l’ai lu en gloussant à chaque page. J’attends la suite…

    Ah la la, moi aussi

    🙂

  5. dasola dit :

    Bonjour, j’ai fait un billet sur ce roman « livre voyageur » par l’auteur lui-même. Je lui ai dit que j’avais trouvé un peu long pour l’histoire racontée. Je le trouve plus à l’aise dans les nouvelles (mes billet du 11/04/10 et 05/01/09. Bonne journée.

    C’est un faiseur de « bonnes nouvelles », c’est vrai ! Je les ai beaucoup aimées aussi. Belle journée/soirée/semaine, Dasola

    🙂

  6. […] : La commissaire n’aime point les vers de Georges Flipo et Camille Bouchon et son cochon de Myriam Picard et Jérôme […]

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