(chronique initialement parue sur Oeuvres ouvertes, le site de Laurent Margantin)

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On pourrait dire Ceci n’est pas une table en  clin d’œil à Magritte, car La Table se multifonctionne, abri, radeau, bureau, lit conjugal, et bien plus encore.

 « ELLE

Nous somme en train de choisir cette table….

LUI

Comment savoir ce qui se serait passé si nous n’avions pas acheté cette table ?

ELLE

On ne peut pas savoir. Ce qui est arrivé, c’est là. Toute notre vie est là, qui s’est construite à partir d’ici, de cette table, nos enfants, ta carrière dans la Compagnie, la crèche, la création de ton entreprise, mon retour au bureau, la mort de ta mère, la maladie de mon père, tes maîtresses, mes deux amants, nos placements foireux à la bourse, l’accident cardiaque de mon père, l’école primaire, le collège, le lycée, le Bac, la fac… »

ELLE et LUI, deux personnages, sur la scène d’un théâtre que Claude Ponti réquisitionne. Passe l’accessoiriste qui prend la parole, indique, apporte une lampe et des éclaircissements, déplace les chaises, tourne, tire, pousse la table selon la direction à prendre, la retourne, pieds en l’air, pour qu’ELLE et LUI l’enjambent et y prennent place. Et c’est Voyage avec La Table, leur vie en totalité, à tous les âges. Ils sont des enfants, ils sont des parents, un couple qui crie, s’interroge, s’extasie, soumis aux bruits et annonces publicitaires/baisses des marchés/compétitions/ rêves/ examens et tout ce qu’un quotidien peut contenir.

La Table trône en totem au centre de la scène, répercute par sa taille hors norme les événements hors norme qui font de nos vies ce qu’elles sont. Et c’est joyeux, atroce, poétique. Ils s’arrachent les cheveux, ils s’aiment, se pensent, s’éloignent, se réconfortent, enterrent leurs parents, jouent, regardent la télévision, se risquent à l’incompréhension mutuelle, se moquent de la mort vacharde, la subissent, ne se gênent pas pour grimper aux rideaux ou dénoncer le pire, éprouvent leur condition humaine par tous les bouts qu’ils peuvent attraper, aussi par ceux qu’ils reçoivent comme des claques.

La Table est solide, complexe, il y a des nœuds à l’intérieur du bois et des moments de grâce, de crasse, de rires. Ça se passe sur scène, et le théâtre c’est nous en condensé. Avec des étourneaux qui volent comme un banc de sardines, des pierres de noyade, des « tout le monde sont mort », des « océans enfermés dans une seule vague », une virago, des ortolans, du verglas sur les places boursières, des comptes à rebours, une incinération, des horaires de bus, un tissu de banquette, un suicide, des « nom d’un cul carré », des ratages, des arbres singuliers, le chat des voisins, une manivelle qui grince et un RIDEAU !

La Table de Claude Ponti sur Publie.net, avec dessins originaux de l’auteur, epub créé par Gwen Català, première mise en ligne le 12 novembre 2011

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