Plus d’histoires de Serge Valletti

Le théâtre, un homme sur scène et ses liasses, sur des morceaux de feuilles ses pensées qu’il écrit puis qu’il lit à voix haute et commente, qu’il retrouve, qu’il perd, une joie de la langue qui va, bondissante, d’histoires en remarques, digressions, aphorismes, folies, sagesses en rythmes et alternance, et un cachalot dans un lavabo. 

« C’est pas moi qui l’invente ! On peut vérifier ! »

[…] « Mais je parle, je parle, et à force je me rends compte que je suis en train de me planter complètement, mais attention, me planter, me planter, c’est vite dit, comme on dirait d’un petit arbrisseau, avec une grille autour pour pas que les animaux viennent faire leurs besoins dessus et lui grignotent les petites boutures. Alors grillage, eh oui ! et étiquette toujours !

Puis petit sourire vers le public, et là normalement il devrait y avoir un petit frémissement d’une rangée ou deux, tu vois le type sur son siège qui commence à bouger un peu… et tu lis dans son cerveau : « Oh là là ! oh là là, mais qu’est-ce qu’il est en train de faire, là ? Oh ! mais là ! oh ! mais qu’est-ce que c’est là ? Moi tranquille, je viens, je m’installe, je m’assois, je dis bonjour à ma voisine, pardon, le manteau qui coince un peu le fauteuil, la vie quoi ! Tant j’ai déjà prévu un peu qu’après j’allais manger je ne sais où ! C’est une soirée normale, on va voir un type et là, oh ! oh ! mais là ! Il commence avec ses histoires de liasses ! »

C’est vrai que des fois il faut un peu se mettre à la place du public.

C’est vrai quoi !

Mettez-vous un peu à leur place quand même, bon !

On peut comprendre.

J’ai été moi une fois, comme ça dans une salle.

J’avais payé, je ne sais plus trop combien, une véritable fortune pas du tout en rapport avec ce que j’allais voir, mais ça je ne le savais pas encore au moment où j’ai fait le chèque.

Eh bien c’est une expérience qu’il faut faire bien sûr, mais elle a ses limites, car beaucoup de gens ne comprennent pas vraiment de quoi il retourne dans cette histoire, je dirais, d’interprétation, pour aller vite.

C’est-à-dire dans le fait que quelqu’un se mette à dire devant vous quelque chose qui n’est pas ce qu’il pense réellement. Mais comment dire, il interprète c’est ça.

Comme pour une langue étrangère, on a besoin de gens qui traduisent, sinon c’est du chinois, eh bien oui, il faut le dire, très très vite le chinois on se met à ne plus rien y comprendre si on a pas d’interprète !

Eh bien, c’est la même chose pour une langue qu’on comprend depuis qu’on est tout petit, c’est un problème d’interprétation…

J’avais une liasse où j’avais marqué ça, je ne sais plus où je l’ai mise, j’ai classé, mais, bon sang :

Interstice.

Inter de Milan.

Interdiction de fumer.

Je m’en bats l’oeil !

Internat des garçons de Villeparisis.

Bon passons…

Interminables.

Qu’est-ce qu’il y a de marqué ? Oui : « Réunion de personnes sans intérêts. » Admettons, bon…

Interrogations diverses.

Ça doit être là-dedans ! « Interrogations diverses. »

Voyons !

Voilà, qu’est-ce que je disais :

Interrogations sur l’Interprétation Intermittente.

Voilà, c’est ça, c’était difficile à classer parce qu’il y avait plusieurs mots qui commençaient par Inter, alors, à l’index, parce que j’ai un index, ça fout le panaris total, ça quand il y a plusieurs mots qui commencent par les mêmes lettres, comme je ne sais pas trop, c’est difficile à trouver ainsi de « butte » en blanc.

Alors donc : « De l’interprétation… », j’avais noté :

Quatre entrecôtes dans le filet,

Six œufs,

Pain,

Deux boîtes de haricots,

Journal,

Litière… » […]

Plus d’histoires de Serge Valletti, Publie.net, collection Stigme.99

Retour aux mots sauvages de Thierry Beinstingel

 
« Le nouveau frotte sa paume sur le tissu lustré du jean neuf. Il regarde ses mains épaisses, encore calleuses. Il se demande combien de temps ça prendra pour qu’elles ramollissent, qu’elles aient la consistance d’une bouche. »

Un nouveau travail, employé sur un plateau de téléphonie, une « marguerite », alors qu’il était électricien, et n’avait « Pas besoin de discussion, on se comprend vite entre gens des métiers techniques, il n’y a qu’à suivre les couleurs des fils, repérer les cosses à sertir ».

Sa bouche, alors que parler n’est pas son fort, doit se remplir de phrases toutes faites, prêtes à l’emploi, refrains abstraits, étanches, « Nous allons regarder ça ensemble, vous êtes bien monsieur/madame/mademoiselle X ? Vous habitez bien numéro/nom de rue/ville ? » »Vous bénéficiez en ce moment de notre offre Optimum plus, est-ce exact ? »

Il travaille avec Robert, Maryse, Roland, Magali, et on le nomme Eric, mais aucun de ces prénoms n’est réel puisque l’entreprise leur demande d’en choisir un autre que le leur, pseudo, avatar, double ou jumeau, monde décalé, délibérément réduit à la voix, coupé des corps, coupé du sens,  comme le semblant de dialogue lisse. « Phrases pensées par d’autres, récitées par les collègues machinalement, la bouche comme un outil en suspension devant le micro, le souffle tranquille des mots appris, évidents, logiques, susurrés pour ne jamais déplaire. Et que dit-elle, cette voix du client dans l’oreille, un peu nasillarde ? Est-ce qu’on l’écoute seulement ? On enchaîne rapidement par la question déjà cent fois répétées depuis le début de la journée : Vous êtes bien monsieur/madame/mademoiselle X ? Et qu’importent le nom et le prénom du client puisque dans cinq minutes quelqu’un d’autre l’aura déjà remplacé. Le lien entre l’oreille et la bouche ne se fait pas : on parle et on écoute de façon indépendante ».

Il, ce faux Eric, va faire son travail, mais quelque chose ne cadre pas, ne peut entrer dans les fenêtres qu’il ouvre sur l’écran (« page « service du client », onglet « argumentaire », sous-onglet « positionnement par rapport à la concurrence »). Quand d’autres se suicident, par défenestration justement, lui se met à courir, s’entraîne au marathon, éprouve la résistance/l’existence de son corps.

Retour aux mots sauvages, c’est peut-être une échappée, une lutte en schizophrénie, d’un « il » qui veut exister par lui-même en même temps qu’il voudrait dessiner un Eric valable ou compatible. « Il » court, prend la mesure de ce qui se noue autour d’Eric, pendant qu’Eric s’extrait un instant de la ligne (hotline) et recontacte sur son temps libre un client, personnellement (et pas de hasard dans la symbolique si l’homme en question est paralytique, sa voix « métallique »).

Jeu de dupe, reflets, où comment s ‘orienter, comment seulement réaliser de quoi sont faits les écrasements, les lassitudes et renoncements cachés sous les mots domestiques.

« Dans la transparence des bulles de verre, chacun s’isole maintenant, perd son regard dans ces faux miroirs, cherche à se réchauffer en vain dans la blancheur froide des affichages plasma. La tragédie s’éparpille dans les pixels. »

Retour aux mots sauvages de Thierry Beinstingel

aux éditions Fayard

~> le site de l’auteur

~> la chronique de Christophe Grossi sur ePagine

Si la main droite de l’écrivain était un crabe d’Éric Chevillard

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« Crab ne serait rien d’autre que la main droite d’un écrivain courant latéralement sur la page ? Possible. Son jumeau peu dégourdi, qui vit de rapines et de mendicité, alors serait la main gauche du même. »

Postulat étrange, point de départ précis et surréaliste, ce Crab fait parler de lui et s’exprime, pendant qu’autour de lui et à l’annonce de ses exploits d’autres voix réagissent (une voix aigre, une voix de guide, une journaliste, un narrateur…) à la manière d’une pièce de théâtre radiophonique* puisqu’il est question d’un auditoire.

« (UNE JOURNALISTE)

“C’est vous l’auteur ? Quelques questions, vous voulez bien ? Vous semblez croire que l’écriture a forcément affaire à ce qui échappe, à ce qui se dérobe. Quel sens donnez-vous à ces figures de l’incongru qui reviennent sans cesse sous votre plume ?

– Je déroule toujours un fil logique dans mes livres, me semble-t-il, mais je ne m’arrête pas aux premières conclusions raisonnables auquel ce fil conduit. Je dévide toute la pelote et c’est ainsi, insensiblement, que mes textes basculent dans une forme de délire, qui n’est pas le délire du fou, encore moins le délire de l’ivrogne. C’est un délire scrupuleux, construit rigoureusement avec les outils mêmes de la raison, avec ces mêmes outils qui lui servent à édifier les structures et les architectures dans lesquelles nos existences se coulent. Je ne renonce pas à la méthode logique, au contraire, je l’épuise, j’en tire toutes les conséquences, tous les effets. Mais j’exagère à peine et aussitôt l’incongruité surgit.” »

Et c’est bien ce qui se passe. Brillant, inventif, drôle, inattendu, sérieux, ça entourloupe, détonne, prend à rebrousse-poil, donne à penser, fuse dans toutes les directions tout en gardant le cap. C’est donc, pour résumer, indescriptible.

Sous la couche fantaisiste, la faconde, la jovialité et la maîtrise de l’exercice, une sorte de « franchise nue » est dévoilée. L’incongru n’est pas une échappatoire ou une simple figure de style, mais bien plus que cela :

« – Le roman est réaliste par nature parce qu’il obéit au principe de réalité. On y raconte une histoire, avec un début (naissance) et un dénouement (mort), on y décrit une trajectoire nette. Tout est verrouillé. Ce n’est pas un hasard si le roman est devenu la forme officielle de la littérature. Quel que soit son contenu, si sulfureux soit-il, il ne saurait rien remettre en cause puisqu’il est un petit module de l’ensemble, un modèle réduit plus ou moins stylisé mais opérationnel et bien huilé du monde que l’homme s’est inventé, en se plaçant naïvement au centre. D’ailleurs, la plupart des lecteurs y vont pour s’y reconnaître, pour s’y trouver ressemblants tous les uns aux autres, et s’assoupir là, béats, bienheureux, dans cette chaleur d’étable. Selon moi, on a plus vite fait de se pincer pour vérifier qu’on existe… Mais c’est intéressant, pourtant. Car si le monde n’offre que peu de prise à ma hargne, le roman oui, en revanche, qui n’en est que la projection, une réplique complaisante ou une redondance dérisoire, une miniature que je peux briser. Dans cet espace-là, j’ai les moyens de réagir, de riposter. J’écris donc des romans que je m’ingénie simultanément à démolir de l’intérieur. Je les sabote. Mes livres sont aussi à chaque fois le récit de cette mise à sac. Le roman en tant que genre institué, réglementé et presque réglementaire désormais, paye pour le reste… parce que je n’ai pas pu démolir mon école. Or j’espère toujours un peu, après avoir fini un livre, qu’il va se produire un effet de retour dans le réel. Je me frotte les mains. Je ris tout seul. Je prends des airs louches. Tout va sauter, je me dis. J’attends quelques jours. Puis, comme rien ne se passe, je commence un nouveau livre. »

C’est plaisir de bout en bout que de lire Si la main droite de l’écrivain était un crabe, sans doute pour l’alchimie si particulière d’Eric Chevillard, sa façon de dire légèrement des choses sérieuses et de manier très sérieusement le saugrenu.

« Crab – qu’est-ce qu’il va bien pouvoir encore lui arriver aujourd’hui, épousera-t-il un pingouin, avalera-t-il son pied, apparaîtra-t-il dans le miroir d’un autre, forgera-t-il un cerf-volant, attrapera-t-il au filet à papillons l’instant qui passe, partira-t-il à la conquête de l’espace dans une fusée en peuplier toute simple, réduira-t-il le mètre, sera-t-il vendu comme timbre-poste, explosera-t-il dans Rome, découvrira-t-il son crâne fossilisé dans les sables du Sahara, mettra-t-il fin à ses jours en croyant tuer son jumeau, édifiera-t-il une fourmilière pour son seul usage, versera-t-il tout son sang à l’ennemi, rejoindra-t-il son ombre aux antipodes, cette nuit, fera-t-il graver son portrait au revers des médailles, nuancera-t-il le rouge, tisonnera-t-il le soleil d’hiver, entrera-t-il dans la composition du pain ? – se rend à l’enterrement de son père.

(L’ÉCRIVAIN)

« Vous êtes assis ? C’est tout bonnement incroyable, en effet, on vient de découvrir au Kenya, parmi les restes d’un hominidé vieux de six millions d’années, un fémur attestant qu’il se tenait debout, lui, messieurs les auditeurs ! »

(LA VOIX AIGRE)

– Crab à la radio ! Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre ? ! »

~>le blog d’Éric Chevillard et son site

Si la main droite de l’écrivain était un crabe d’Éric Chevillard

chez Publie.net

*Si la main droite de l’écrivain était un crabe, texte d’Éric Chevillard, Première diffusion sur France Culture, Atelier de Création Radiophonique, le 6 octobre 2002

La Science des lichens de Mahigan Lepage

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« […] l’important c’était que ce soit différent d’ici, différent de Paris par exemple, c’est l’été ou presque et je suis là pour études, comme j’y avais été l’an dernier, pour études aussi, parce que Paris c’est pas d’où je viens, la France c’est pas d’où je viens, je suis à Paris pour études et à cause de la langue, parce qu’on y parle la même que là d’où je viens, ou alors à peu près, pour les études c’était plus facile, vous comprenez, c’était encouragé même, on disait pars, vas à Paris faire des études, ils parlent la même langue que nous là-bas, comme si c’était un argument, pourtant je peux pas dire que ce soit bête, c’est peut-être même pour cette raison que j’ai décidé d’aller au Maroc, parce qu’on y parle la même langue aussi, pas seulement la même langue, ils parlent aussi leur bonne vieille langue sèche, leur langue du désert bien râpeuse au palais, pas seulement mais quand même, beaucoup la même langue, et voilà comment cette histoire de langue avait décidé de mes migrations sans que j’y aie rien à dire, en tout cas sans que j’y réfléchisse jamais, sans que je prémédite rien […] »


Une seule phrase dans ce monologue, une seule phrase du début à la fin de La Science des lichens. Dépliée, elle passe par des détours, se débobine, enchaine les considérations, les remarques, puise dans la narration et dans la confidence pour dessiner le visage d’un homme, peu à peu, un homme qui s’adresse à nous directement en commençant par un très net « Je demande votre attention s’il vous plaît ».

C’est cette phrase, cette voix qui va donner corps à l’homme qui parle, dont on apprendra qui il est et ce qui le travaille, étudiant venu à Paris en « résidence d’étudiants dans le 5e arrondissement, une maison qu’avait habitée Descartes au temps des bateaux » et qui prépare une thèse de biologie.


« […]voilà, une thèse sur les lichens plus précisément, c’est un domaine d’études en soi, ça s’appelle la lichénologie, oui oui, sérieux, la lichénologie, parce que c’est complexe, le lichen, ça procède de la symbiose d’un champignon et d’une algue, ou encore d’un champignon et d’une bactérie, je vous passe les détails parce qu’autrement je vous soûlerais, comme moi-même je suis facilement soûlable j’essaie d’éviter de soûler les autres, par empathie en quelque sorte […] »

 

On comprendra petit à petit son trajet, par des détails qu’il partage, parfois comiques, toujours sincères, par des anecdotes qui, agencées entre elles, s’extraient de l’anecdotique : elles disent son cheminement, décrivent l’endroit où il se trouve, ce qui s’y passe d’intense. Dans les tensions de la langue, dans la peur de la chute, c’est une condition d’homme qu’on mesure.

 

« […] j’avais besoin d’argent pour éviter de tomber dans l’itinérance, je veux dire pour pas finir à la rue, c’est comme ça qu’on dit à Montréal, les SDF on les appelle itinérants, parce qu’ils bougent tout le temps vous comprenez, du parc au trottoir, du métro au refuge, d’une rue à l’autre et ainsi de suite, quand on est itinérant on prend le RER aussi, comme vous, comme nous maintenant, tiens on a passé la fourche Aulnay-sous-Bois, dans le haut-parleur bientôt il y aura Le Blanc Mesnil, puis Drancy, puis le Bourget, Paris grossit, il était déjà là mais juste plus petit, plus disloqué, il y a l’oranger du coucher de soleil voyez […] »

 

La longue phrase de Mahigan Lepage va réussir à décrire un état indescriptible, une saturation, une recherche, un épuisement et une solitude profonde. Sur ce trajet, le voyageur qui parle est à un point de non-retour.

 

« […] en fait ces mots je les écoute pas je les entends seulement, Orsay-Ville, Bures-sur-Yvette, La Macquinière, si vous saviez l’étonnement que c’est au début tous ces noms dans une tête américaine, on dirait des vieux noms du temps des bateaux, ça fait rêver un petit bout de temps et puis l’illusion se brise dans la succession des arrêts tous semblables, dans 5 minutes à peine on sera au bout du chemin et je vais devoir sortir et fuir, mourir même si ça se trouve pour éviter votre réponse, pour éviter d’avoir à écouter, peu importe ce qui serait dit et comment, qu’on me demande l’heure ou une direction, juste ça si je l’écoutais vraiment ça pourrait me tuer […] »

 

La Science des lichens est un texte singulier : une phrase unique au phrasé fluide, qui enchaîne une idée à l’autre sans rupture, mais qui met à jour tiraillements et contusions, manques et trop-pleins.

Un texte qui montre un homme parlant à un autre homme, alors qu’il est peut-être déjà trop tard pour le rejoindre, pour nous comme pour lui, puisque déjà

« […] les portes s’ouvrent et nos corps se disloquent, partez maintenant je me tais, il y a ce tunnel creusé sous les voies, attention à la marche en descendant du train. »


La Science des Lichens de Mahigan Lepage

chez Publie.net

Littérature contemporaine numérique

Kuessipen de Naomi Fontaine


« J’aimerais que vous la connaissiez, la fille au ventre rond. Celle qui élèvera seule ses enfants. Qui criera après son copain qui l’aura trompée. Qui pleurera seule dans son salon, qui changera des couches toute sa vie. Qui cherchera à travailler à l’âge de trente ans, qui finira son secondaire à trente-cinq, qui commencera à vivre trop tard, qui mourra trop tôt, complètement épuisée et insatisfaite.
Bien sûr que j’ai menti, que j’ai mis un voile blanc sur ce qui est sale.
*
Un accident de voiture. L’idée de perdre mon enfant. Les insultes face aux Innus. La mort. Les pères absents. Les coupes blanches dans le Nord. La misère de ma cousine et de ses deux enfants, mon incapacité à lui venir en aide. Les enfants maltraités. Les critiques de ma mère. Gabriel lorsqu’il ne rappelle pas. Les films trop beaux pour être vrais. L’oppression. L’injustice. La cruauté. La solitude. Les chansons d’amour. Les erreurs impardonnables. Les bébés qui ne naissent jamais. »

C’est une langue juste qu’utilise Naomi Fontaine, juste, au centre d’une réserve innue, placée pour dire l’homme à veste de cuir à franges, le mort qu’on veille, la cousine, le lac qui reflète les choses de la Terre. Placée pour les écouter parler. Ses yeux font le tour : très près, les traces de doigts sur la vitre, loin, l’horizon bordé d’épinettes.
Il y a des plans dans Kuessipen, pans successifs des barrières visibles et invisibles dont Naomi Fontaine suit du doigt les contours et qu’elle regarde par-dessus.


« Là, au début. Une clôture. Plus haute que la tête des hommes. Le métal entoure des cabanes en bois, éraflées par le souffle continu du vent de la haute mer. Dispersés et immobiles. La ville s’arrête où la réserve commence. La clôture plantée là, un gardien pour les loups, Innut. Ils tardent derrière la barrière. Se tiennent tout près. Cherchent l’issue, trouvent le chemin de leurs propres lois. Ils veulent fuir, là où il n’y a pas de barricades. »

C’est une pudeur qui dénonce sa peine, mais sans rage. Une langue pleine de lassitude et de force, une résistance à l’intérieur, faite d’émotion, de lucidité, qui révèle (au sens de révélation photographique, donne à voir, rend lisible). Cela passe par un état des lieux, bien sûr descriptif, mais l’angle de vue créé une largesse, une amplitude, un dépassement.


« L’école primaire, le secondaire. Le conseil de bande. L’église catholique. La centaine de maisons, trois modèles. Le parc vandalisé. Les déchets sur les coins des trottoirs, des clôtures, des maisons. Les maisons en constructions, en démolition. Le cimetière avec des croix en bois des bouquets à leurs pieds et des statues en pierre. La garderie peinte en orange. Le camping habité par la vermine. L’agora en plein air, là où le soleil se couche et où le vent se déchaîne. La patinoire qui sert aussi de terrain de basket l’été. Le stade et les estrades. La piscine chauffée, clôturée, pleine d’enfants avec leur casque de bain. L’odeur de la mer à proximité. Le sable qui mène à la baie. L’eau polluée par l’aluminerie. L’île Grande-Basque. L’océan. »


Bien sûr, la coloration des mots, l’enchantement pour nos oreilles vierges de ces sonorités (« Muashkus, petit ours. Nekuess, mon fils. Mikuan, plume. Anushkan, framboise. Auetiss, bébé castor») mais comme ce serait étroit de s’arrêter à ce folklore, sans saisir le grand mouvement humain qui le travaille, le rapport à la langue, oubliée, restituée, preuve et résurgence de vies comme tant d’autres (tant de peuples déplacés, contraints, asservis, violentés à l’échelle planétaire, que cet enjeu de la langue Innue ne peut être limité au ponctuel).

Naomi Fontaine place Kuessipen, au travers du quotidien, des traditions, des paysages, dans un espace plus large que lui et plus profond de son histoire. Elle témoigne, traduit et réinvente, dans une sorte d’évidence inévitable qu’elle ne cherche pas à contourner, et c’est simplement juste.


« Ce n’est pas de la platitude, c’est de l’exactitude, je n’ai pas le droit de laisser passer mon esprit au travers de ces méandres moites et insensibles. Au travers de tout ce qui ne pourrait tenir sur un morceau de pain cuit. »


Kuessipen de Naomi Fontaine
Chez Publie.net
Mis en ligne en novembre 2010

La cote 400 de Sophie Divry

« Réveillez-vous, pourquoi êtes-vous couché là ? La bibliothèque n’ouvre que dans deux heures, vous n’avez rien à faire ici. C’est le comble : voilà qu’on enferme les lecteurs dans mon sous-sol. Ils m’auront vraiment tout fait dans cet établissement. Pas la peine de crier, je n’y suis pour rien moi… Mais je sais qui vous êtes, vous connaissez les lieux. À force de passer vos journées à traîner ici, ça devait arriver d’y rester la nuit. Non, ne partez pas, maintenant que vous êtes là, vous aller m’aider. »

Elle, bibliothécaire, responsable du secteur géographie (cote 900), officie au sous-sol d’un établissement de province depuis vingt cinq ans, vit seule et s’épanche, avant l’heure de l’ouverture, auprès d’un interlocuteur invisible qu’elle n’hésite pas à malmener un peu (« Quel esprit sain pourrait parvenir à se faire enfermer dans un sous-sol pareil ? Mais oui, vous êtes un peu limite, avouez-le. De toute façon, les bibliothèques attirent les fous. »)

Dans un monologue ininterrompu, fluide, tonique, acerbe, elle déroule tout ce qu’elle a sur le cœur, donne son avis sur le système de classement de Dewey, Balzac, la culture, son boucher, les blancs-becs du rayon bandes dessinées, le divertissement, la mort et l’amour, surtout l’amour, celui de Simone envers Sartre, et le sien pour Martin, étudiant à la nuque parfaite.

Elle peut sembler correspondre au parfait stéréotype quand elle glorifie l’ordre dont elle se sent dépositaire :

« […] au fond, un lecteur de vient dans une bibliothèque que pour y mettre du désordre. Donc, si on veut limiter la casse, il faut les surveiller de près. Ma mission peut se résumer à cela : empêcher les lecteurs de pervertir le grand ordonnancement de mon sous-sol. Je n’y arrive pas toujours. Régulièrement, ils font des bêtises. C’est inévitable. Ils déclassent, ils volent, ils écornent, ils dérangent. Il y en a même qui arrachent des pages. Arracher les pages, quand j’y pense, alors que les photocopies sont à sept centimes d’euro ! Ce sont toujours des hommes. Comme les maniaques du surlignage, toujours des hommes. Il n’y a que les hommes pour légitimer ainsi leurs interventions sur un livre, leurs corrections ou leurs avis dans la marge. »


Mais autour de ce squelette cohérent de personnage strict qui exige le silence, Sophie Divry applique des morceaux de chair et construit une femme vivante, inattendue, drôle, incisive, qui donne son avis sur tout. Sur la Révolution, les dévédés, la hiérarchie, la lecture.

« Pour me faire bien comprendre, je vais vous dire qui typiquement n’entre jamais ici : l’homme blanc riche, entre trente-cinq et cinquante ans. Pourquoi ? Parce qu’à cet âge il fait partie des barbares dominants. Monsieur ne fréquente pas les infrastructures publiques. Jamais vous ne verrez monsieur dans un bus. Monsieur ne partage rien avec les autres, monsieur possède. Cela fait longtemps que la madame de monsieur ne demande plus d’œufs à la voisine d’en face, elle a eu pour la fête des Mères un mixeur trois vitesses, et quand monsieur veut lire, monsieur achète ses livres. Mais, lire, c’est déjà un acte de faiblesse. Monsieur a du pouvoir d’achat. Une maison. Deux voitures. Monsieur n’a pas de temps. Il paie un abonnement au club sportif. Pense-t-il jamais, monsieur, à la maison commune ? Non, il se considère comme tout-puissant, un self-made-man, cet âne. Mais la vie n’est pas un programme de machine à laver. Attendez qu’il lui arrive un cancer sur le coin de la tête, un chômage, un adultère ou un contrôle fiscal. Ou les quatre à la fois. Là, tout penaud, vous le verrez arriver, la queue entre les jambes. Son téléphone ne sonnera plus. Soudain, le temps s’étirera. Alors, il feuillettera des journaux, s’apercevra qu’il ne connait rien du monde, s’ébahira de notre nouvelle possibilité de prêt pour six semaines renouvelable une fois. Sa femme le quittera, il deviendra maniaque ou dépressif, bouliste, piéton même. Il sera parmi nous. Mais il aura fallu que la vie lui donne toutes ces claques sur la tête pour qu’enfin il comprenne que la bibliothèque devant laquelle il passait auparavant avec indifférence, ce ne sont pas des livres morts, non, c’est le cœur même de la Grande Consolation. »


Ce monologue d’une femme invisible, discrète, cessera à l’ouverture des portes de la bibliothèque, mais on aura eu le temps d’apercevoir une étendue insoupçonnée, d’apprendre qu’un Américain est un Européen qui a raté le bateau du retour, que l’énorme erreur de Maupassant fut d’acheter un voilier, et que les révolutions se fomentent dans le silence. Tout comme nous ne soupçonnions pas ce problème de La cote 400 :

« […] une énorme erreur, c’est d’avoir déplacé les langues de la classe 400 à la classe 800. Et qu’a-t-on mis à leur place ? Qu’a-t-on mis ? Rien. Ce qui fait que la classe 400, en ce moment, est inoccupée, vide. Vous êtes d’accord, c’est une ineptie. Moi, cela me donne le vertige, cette cote vacante. »


La cote 400 de Sophie Divry
Aux éditions Les Allusifs
Parution en septembre 2010

Monsieur le Comte au pied de la lettre de Philippe Annocque

« Monsieur Le Comte, on l’aura deviné, n’était pas le plus expérimenté des cyclistes. Il avait à cela des excuses : Monsieur Le Comte n’avait pas eu de papa pour prendre en charge ce périlleux apprentissage, ni de maman non plus ; car Monsieur Le Comte, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, était un enfant de l’Assistance. Ses parents, manifestement inconscients de l’importance pourtant forcément innée de leur progéniture, l’avaient abandonné dès sa naissance, pour de mystérieuses raisons, qui le resteront, ou peut-être pas – pour d’autres mystérieuses raisons, qui le resteront, ou peut-être pas. »

 

Philippe Annocque n’écrit pas deux fois la même chose, c’est une certitude. Il suffit de prendre Liquide et de le comparer à Monsieur Le Comte au pied de la lettre pour s’en convaincre. D’un côté un flux poétique et sensitif et, de l’autre, une sorte de Monsieur Hulot à Absurdville, une réjouissante et trépidante « calembredaine » très « héroïque ».

Liquide cernait un homme en s’attachant aux seuls reflets du personnage, sorte de portrait par « ricochet », utilisant sensations et introspection intensément. Monsieur Le Comte au pied de la lettre explore le verbe, le mot comme matière, jusqu’à plus soif. Prendre les mots « au pied de la lettre », Philippe Annocque ne s’en prive pas et joue sur les sonorités, l’extravagance des situations induites par le jeu des mots côte à côte.

 

« Monsieur Le Comte, un peu las, se délassait devant l’aquarium où le corps anguilliforme de la murène ondulait voluptueusement ; le spectacle (en effet) était délassant comme une danse orientale. Or, tandis qu’il s’approchait, en proie au charme sinueux de cette contorsionniste aux impressionnantes mâchoires, elle – qui jusqu’alors ne lui avait présenté que son profil – lui fit face. Et, tandis qu’elle s’approchait comme pour un langoureux baiser, il la reconnut ! Sa physionomie vue de face n’avait plus rien de celle d’un poisson, si étrange fût-il : ce nez saillant, cette peau brune et marbrée, ce regard glauque au-dessus d’un sourire cruel : ce n’était autre que la propre grand-mère de Monsieur Le Comte, par il ne savait quel prodige en poisson carnassier réincarné ! »


Mais il y a bien, outre l’auteur, un point commun entre les deux derniers romans de Philippe Annocque : le thème de l’identité traverse ces deux expériences, portrait identitaire formé de sensations pour Liquide, portrait identitaire fondamentalement oulipien ici. Monsieur Le Comte, cet être de papier à la destinée tellement improbable, si fragile, qu’une simple phrase ferait partir en fumée, trouve un frère siamois sans visage dans une bibliothèque étrange.

Roman fantaisiste étrange et débridé, métaphore rêvée et humoristique, une fois de plus c’est un livre « hors normes » qui paraît chez Quidam Éditeur, ce qui marque sa singularité dans le paysage éditorial.


« L’ex-bibliothécaire reconnaissait volontiers toute cette vanité qui était la sienne, il était prêt désormais à l’assumer, depuis qu’il promenait de par le monde sa face effacée. Défiguré, il lui semblait qu’un sens nouveau s’incarnait désormais en lui : le sens propre. C’est ainsi qu’il avait lui-même éprouvé le besoin de s’inventer, pour son bon plaisir, un double imaginaire, un double figuré d’un nom d’apparence pourtant propre : Monsieur Le Comte, notre commune incarnation, enfiguré d’une figure dont le style amphigourique certainement ne ferait envie à personne. Cependant, cette entreprise courageuse, qu’il intitula Monsieur Le Comte au pied de la lettre parut bien vite insuffisante à l’ex-bibliothécaire ; pire, elle était presque sur le point de se retourner contre son intention initiale, puisque tout cela, à n’en pas douter, risquait bel et bien de faire un livre. »


Monsieur Le Comte au pied de la lettre de Philippe Annocque

chez Quidam Éditeur

parution en octobre 2010


Cambouis d’Antoine Emaz


« Je crois n’avoir jamais connu que des poètes fêlés. Qu’ils soient bons ou mauvais est une autre affaire, mais ce lien entre écriture et fêlure, oui. Et une fêlure d’être, profonde, pas l’égratignure sociale ou l’écorchure de vanité. Pas non plus des êtres cassés, sinon l’écriture cesserait. Des bancals, des boiteux d’être. Et chez les vrais lecteurs, de même, car il faut pouvoir l’entendre ce son de cloche fêlée ou d’enfant qui pleure presque en silence. »

 

 

Carnet, journal, suite de textes, chaque paragraphe travaille doublement, à la fois en autonomie et en regard des suivants, formant pensée dans son unité et chemin en déploiement. Cambouis forme un tout étoilé, dans l’ouverture.

Ouverture sur l’intimité du travail d’écriture, l’approche du réel et la sensation qu’il créé au centre. Pas de poèmes ici mais ils sont évoqués en creux, par leur relecture, par ce qu’elle réinitialise, dans l’échec ou le lissage qu’il faut continuer à effectuer jusqu’à « l’exactitude ». En utilisant la métaphore du menuisier, Cambouis donnerait à voir les copeaux et les déplacements dans la salle de travail, pas les brouillons ou les ratés mais ce qui reste en deçà, avant l’écriture ou à sa suite, les certitudes et incertitudes sur ce qui est accompli, ce qui reste à faire, la place à occuper, son évidence, sa difficulté.

De tension il est question, dans l’écriture, presque en vue intérieure ou immergée. C’est l’atelier invisible, comment se saisir/moduler/modifier/attraper pleinement la matière. Et de ce travail faire écriture, avec Cambouis.


« Chaque écrivain est seul dans son corps-à-corps (lutte ou caresse) avec la langue. Mieux vaut le savoir si on veut “faire poète”. Mais n’en tirer aucune fierté. C’est une donnée de base, un fait, de la même façon qu’un menuisier doit s’attendre à un corps-à-corps avec le bois, un boulanger avec la pâte, etc… »


Les moments de non-écriture, l’attente d’elle, attente répétée et renouvelée, ce qu’elle entraîne dans ses déclinaisons, sensations de calme profond ou d’inquiétude latente.


« En pratique, écrire est simple et pas facile à la fois. Le poème fait irruption et se donne, certes, mais lorsqu’il se tait, j’entre dans une période dure d’attente et de pari que le processus va recommencer. La peur est celle d’un tarissement, d’une fin d’écrire avant de mourir. »


« Après tout, peut-être que cela fait aussi partie du travail, cette sorte d’attente, borborygmes à feu doux, qui ne finit pas en mots. »


« C’est peut-être ça l’essentiel d’une vie de poète : l’attente. Au moins pour moi. Ne pas généraliser une expérience : ce qui est vrai pour moi vient de l’empilement hasardeux, mais bien réel, de ma vie. Je suis devenu quelqu’un qui écrit des pages que l’on appelle poèmes parce que ça rentre à peu près dans la case. En tout cas, ça ne rentre pas dans les autres cases, donc on dit poèmes, c’est plus simple. Même pour moi, c’est rassurant de me dire que je suis en poésie, en bout de course. Mais quand j’écris, poème ou non, je ne sais pas. J’écris libre, point. »


Aperçu du quotidien, la cuisine, les copies, les films, la radio, ce tissage de sons et d’actions qui résonne dans et autour des textes. « Vivre dans le « faire » car « On ne peut pas avoir les mains dans le cambouis et la tête dans l’éther. »

C’est aussi la fatigue, l’usure. (« Au fond de soi parfois on sent seulement une immense lassitude, comme si on voyait nette la trame élimée de vivre. »)

Le rapport au mot, au réel, au jardin, au poème, à la sensation est interrogé, à la fois en bilan et en recherche, dans un « zig-zag de vivre », équilibre entre les plages de silence vide et les paroles et bruits.

La beauté, la justesse, la complexité, l’illisible, l’incompréhensible, tout ce qui entoure le poème est creusé, pensé, cette pensée déroulée et posée en réflexion généreuse, sans posture (on pourrait dire presque sans pudeur, dévoilement ou franchise nue). Avec ses coups de gueule aussi :


« Il y a une forme d’illisibilité vraie, résultant du contact du poète avec ce qui est sans mots sauf ceux qu’il pose. Et puis il y a une illisibilité, disons fausse, produite aussi bien par un goût immodéré pour l’image clinquante que par la complexification volontaire et injustifiée du dispositif d’écriture. Dans le premier cas, on est illisible par nécessité ; dans le second, on devient illisible par vanité. »

 

Grande humilité d’Antoine Emaz quand le lecteur décide (« indispensable parce que c’est lui qui clôt le poème »). Et dans la confiance offerte (« ne pas ordonner ni baliser : laisser le lecteur face à une masse, un vrac de vivre »).

Cambouis a d’abord fait l’objet d’une parution papier au Seuil en 2009. Sûrement nombreux sont ceux qui ont souligné des passages, corné des pages, placé des points de repère pour y revenir. Maintenant disponible au format numérique, c’est la possibilité d’y chercher des occurrences (l’apparition du mot « tension » ou du mot « lecteur » par exemple, qui permet de mesurer de quelle façon ces mots s’accompagnent, sous quels angles successifs ils sont fouillés). C’est l’enrichissement du  contact au texte et sa nécessité accrue.

Cette chronique de lecture n’étant qu’une tentative d’approche, ne pas hésiter à aller lire Sereine Berlottier, Tristan Hordé, Jérémy Liron, Marc Pautrel, Guillaume Vissac, Angèle Paoli et François Bon (et sûrement d’autres, demande de pardon anticipée pour mes oublis).

 

« On écrit sans doute parce qu’on n’a rien d’autre pour tenir droit dans un monde de travers. »



Cambouis d’Antoine Emaz
Chez Publie.net
Mis en ligne en octobre 2010