Catégorie Littérature étrangère -Roman-

Parution en mai 2009

douglas_couplandExtrait : « Je ne fais pas honneur à mon nom : je ne suis ni enjouée, ni femme d’intérieur. Je suis morne, maussade et sans amis. J’occupe mes journées à mener un combat permanent pour préserver ma dignité. La solitude est ma malédiction – la malédiction de notre espèce –, c’est l’arme qui tire les balles qui nous font danser sur le plancher d’un saloon et nous humilier devant des inconnus. »

Voilà ce que Liz Dunn pense d’elle-même. À trente-six ans, elle n’attend rien de la vie, à part peut-être de conserver le grain de lucidité qui la fait se démarquer de ses semblables.

Chute d’une petite météorite et extraction de dents de sagesse sont prévues au programme. Arrive un grand bouleversement qu’elle va prendre avec toute la philosophie dont elle est capable.

Et Liz, celle qui arrangeait « sa vie de manière à pouvoir l’oublier à mesure qu’elle se déroulait », ne sera plus la même.

La trame d’Eleonor Rigby bien ficelée, est pourtant moins attachante que l’œil que pose Liz Dunn sur sa vie et sur ses contemporains.

Sa collègue de travail, Donna, balaye son appartement du regard, « tel un faisceau scannant les codes-barres des produits au supermarché ».

Ses jeunes neveux « ont probablement des puces électroniques encastrées dans leur coccyx et reliées à un satellite de la mort de chez Microsoft qui informe [leurs parents] de leur position à tout moment ».
Sa mère, lorsque Liz était petite, perdait parfois son sang froid, au point que « les chiens de l’autre côté de la montagne aboyaient et hurlaient en signe de compassion ».

Un voyage scolaire en Italie se révélera le pont de départ des désordres ultérieurs :

« Je dois reconnaître que l’Europe sous calmant est un endroit génial. Le métro couvert de graffitis avait l’air festif ; les vieux animaux estropiés qui alors clopinaient à tous les coins de rue n’étaient pas déprimants ; les immeubles noirs de suie ne vous rappelaient pas l’imminente fin de Mère Nature ; les voitures garées sur les trottoirs, comme échouées sur un rivage, semblaient pittoresques. Je recommande cette expérience. »

Joies et détresses se mêlent, et Liz Dunn sait se faire émouvante, derrière l’autodérision à haute dose. Quoiqu’il lui arrive, elle n’est pas dupe. Elle se connait assez intimement pour tout savoir de ses propres failles, y compris les existentielles :

couv_eleonor_rigby« Un de mes gros problèmes, c’est la fuite du temps. À chaque fois que je me sens seule, j’ai l’impression que c’est pour toujours – que je me sentirai seule et mal pour le restant de mes jours, en d’autres termes que j’ai fichu en l’air à la fois mon présent et mon futur. Et si je jette un œil sur mon passé, je le fiche en l’air aussi en me focalisant sur toutes les choses que j’ai faites de travers. Ce qu’il y a de brutal avec la fuite du temps, c’est que la nommer ne la guérit pas. »

Liz Dunn, la négative, malgré le peu d’estime qu’elle a d’elle-même, prendra ce qui vient comme il vient, à bras le corps, y compris un fils tombé du ciel.
Et c’est l’optimisme qui gagnera ? …Ah, look at all the lonely people…

Eleanor Rigby de Douglas Coupland

Traduit de l’anglais par Christophe Grosdidier

Aux éditions 10/18

(première parution au Diable Vauvert en 2007)


L’avis
de
Clarabel
est ici !
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  1. J’ai découvert la plume de Coupland récemment avec The Gum Thief et j’aime beaucoup son style, ses réflexions à travers ses écrits. Depuis, Eleanor Rigby figurait en bonne place dans ma LAL car le thème me semblait intéressant même si pas forcément original. Ton étoile unique m’a fait peur mais je vois que ça équivaut quand même à « bon moment ». Bon ça me va!:)

    C’est vrai que ses réflexions et sa façon de dépeindre, c’est vraiment savoureux, parfois tordant ! Mais c’est plutôt un plaisir de l’instant, je ne suis pas sûre de m’en souvenir dans un an… 🙂 Sinon, l’histoire est assez originale grâce aux nombreux rebondissements. Et puis la fin, à la fois positive et mitigée… enfin, tu verras, et tu donneras tes impressions ! (ah ben si, t’es obligée) 🙂

  2. Olivier SC dit :

    Tout à fait – ou presque – hors sujet : il y a du y avoir une fabuleuse somme en droit d’auteur autour de ce titre des Beatles ; non ? …

    Hou, sûrement… mais en fait, je ne sais pas si ce n’est pas passé dans le domaine public…? Paulmac pourrait nous en dire plus. ne quitte pas, je luis téléphone. 🙂

  3. Chère liseuse et excellente critique

    Olivier a posé une bonne question 😉 Je ne sais pourquoi mais l’impression que me laisse cette excellente critique est de pénétrer dans un univers victorien à la moderne. L’esprit anglais me semble éminemment présent à travers les lignes de ce roman. Et vous le dites si bien : Joies et détresses se mêlent, et Liz Dunn sait se faire émouvante, derrière l’autodérision à haute dose.

    Pierre R.

    C’est tout à fait juste. Un humour victorien moderne ! On ne pouvait pas mieux cerner l’objet. Si ce n’est pas de la perspicacité, Pierre, alors qu’est-ce que c’est, ô, cher liseur et excellent commentateur ! 🙂

  4. […] aime, on n’aime pas? Allez donc voir par là Culture et Compagnie Lignes e-lignes […]

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