Catégorie Littérature étrangère -Roman-
Parution en février 2009

tagore« Depuis son enfance, [Bhupati] adorait écrire en anglais et faire des discours dans cette langue. Il écrivait aux journaux, même quand c’était inutile, et prenait la parole dans les réunions même s’il n’avait rien à dire. »


Fort de ces capacités ironiquement pointées ici, Bhupati fonde son propre journal. Pendant que « la passion de la politique et celle du journalisme s’emparent avec force » de lui, il délaisse sa femme, la belle Chârulatâ.


Celle-ci s’ennuie. Pour y remédier, Bhupati décide d’héberger son jeune cousin Amal, étudiant : il distraira Chârulatâ par ses conversations et ses lectures. Sur un malentendu, Amal accepte une proposition de mariage arrangé et part pour l’Angleterre.

Chârulatâ ne passera plus un jour sans penser à lui, pendant que Bhupati s’éloigne d’elle, inexorablement…

Bhupati, Amal, Chârulatâ… voilà le trio au centre de ce court roman que Rabindranath Tagore avait intitulé à l’origine « Le Nid gâché ». En 1964, Satyajit Ray en tirait un film auquel il donnait le nom de l’héroïne principale, Chârulatâ. C’est ce titre qui est retenu aujourd’hui dans cette traduction.


Choix logique, car Chârulatâ est au centre de cette toile, à la fois actrice et prisonnière de ses aspirations.

On pense à une sorte de Madame Bovary bengalie : comme Emma, Chârulatâ est tourmentée par ses désirs. C’est au moment où elle et son mari prennent « l’habitude de se considérer en vieilles connaissances » que l’arrivée d’Amal sème le trouble.

Simple trio amoureux ? Tagore ne va pas dans ce sens. Les nons-dits, les sous-entendus suggèrent autre chose.

Derrière le bal des sentiments exacerbés, c’est l’intention de l’écriture qui se dessine. Les trois protagonistes écrivent, et leurs textes – dont on ne saura rien, ou peu de choses – sont pareils à des lettres… Celles que l’on envoie, destinées à un seul être, celles qui se perdent, lues par le plus grand nombre, ou celles déchirées, brulées sous le coup de la frustration…

Les biographes de Tagore ont vu dans ce roman les traces du lien qui l’unissait à l’une de ses belles-sœurs, avec laquelle il partageait le même goût de la lecture.
Et, fin tragique (comme pour l’héroïne de Flaubert), celle-ci se suicida, à l’âge de 25 ans, peu de temps après le mariage de l’écrivain.

couv_charulataChârulatâ fait peut-être fonction de lettre : une lettre pour une jeune femme triste qui portait « un masque pour se présenter sur la scène de la comédie et des rites du monde ». Ou encore la lettre d’un homme mûr adressée au jeune Rabindranah Tagore…?


Chârulatâ de Rabindranah Tagore
Traduit du bengali (Inde) et présenté par France Bhattacharya
Aux éditions Zulma

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  1. Renaud dit :

    Joli résumé. Cet exotisme donne envie de lire. Et la comparaison avec Madame Bovary est intéressante. Quelle tristesse pour la belle sœur de 25 ans !

    Merci d’être passé, Renaud ! Je pense que la part de « retour sur soi » n’est pas négligeable dans ce roman. Je vais lire d’autre livres de Tagore, car je connais très mal la littérature indienne. A bientôt ! 🙂

  2. sylvie dit :

    Quelle coîncidence….Je viens de terminer mon expo sur l’Inde ; dans les livres que nous avions mis en vente, il y avait celui-là…et je l’ai acheté, j’ai hâte de partager avec vous mes impressions.
    Amicalement.

    Chouette ! J’ai beaucoup aimé la fin, vous me direz ce que vous en pensez 🙂

  3. sylvie dit :

    Moi aussi j’ai apprécié la fin; avec des mots simples, mais allant à l’essentiel, je trouve que l’auteur nous emmène dans l’univers intérieur de ce couple. Leurs désirs et déchirements, leurs hésitations aussi. Et le désespoir de Châru….J’avais l’impression de le sentir.
    Jolie découverte que ce roman.
    A bientôt.

    Le désespoir de Châru est très bien rendu, c’est vrai ! Très émouvant. Et la fin, avec ces deux réactions contradictoires est très « moderne », je trouve. Oui, une très jolie découverte ! Bonne journée 🙂

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