« Certains doivent pourtant se battre dans les mansardes. D’autres s’aimer, dormir, cuver ou mourir… Quant à leurs bateaux, qui gisent couchés sur le flanc dans l’avant-port, ils attendent que la prochaine marée les porte en les délivrant à nouveau de la vase. »

Jacques Josse écrit ceux qui sont Sur les quais, par fragments. Celui « accoudé au zinc », son père plus loin, sa sœur dansant « du côté des hangars », et d’autres, bien d’autres.

De chacun, il donne à lire à la fois le mouvement (taper du poing sur la table, pousser une brouette, saisir des jumelles) et l’existence, toute entière, dans un souvenir, ou dans le bric-à-brac d’un cellier.

« Veut lui montrer quelques uns de ses trophées. Il y a là, parmi des photos de chiens recouvertes de poussière, des bois de cerf accrochés aux murs, un bouquet de plumes (de faisans, perdrix et pigeons) planté dans une bonde de barrique, des peaux de lapins tendus sur un fil à linge, un bébé putois conservé dans du formol à côté d’autres bocaux au contenu incertain alignés sur une étagère, une hure de sanglier ornée d’un vieux chapeau de paille trônant en haut d’un escabeau. Tout ce que tu vois là, c’est moi (et lui, rectifie-t-il en pointant le fusil pendu derrière la porte) qui l’ai tué. »

Dans Sur les quais, suivi de Mort d’un porte-douleur, des cicatrices sont visibles, et les personnages convoqués semblent « recousus » à la dure, entre souffrance et résistance aux intempéries.

La mort est là, suicide ou point d’orgue. Une fois installée, elle reste, le défunt devenant une silhouette de plus ajoutée à celles des vivants.

« Il y eut deuil et volets fermés, horloge muette, candélabres vacillants, prières chuchotées, mouchoirs humides, proches rassemblés sur des chaises basses autour d’un lit désert. Le portrait de l’absent, rieur, en ciré jaune, debout près d’un coquillier, semblait les narguer, exposé entre soliflore et crucifix sur la table de chevet. »

Les textes brefs de Sur les quais sont d’une grande force évocatrice, visuelle et sensitive, une force presque « brute », accentuée par le flou porté sur le « qui parle ». Le « je » qui s’exprime parfois va imprimer sa matière au personnage, alourdir sa présence, donner de sa voix. Et au détour d’un fragment, presque par surprise, un autre « je » montre l’auteur dans la lumière :

« Un homme traverse un champ de chaumes à grandes enjambées. Il a un écureuil sur l’épaule. Et un lance-pierre à la ceinture.
Sa casquette à visière masque son regard. Derrière lui, la mer, les silos, les palettes, les docks intègrent à peine le décor.
Ce que j’essaie d’épuiser, de presser, de capter, de lacérer (ajoute tous les verbes que tu veux) ce sont les embruns, les brumes, les halos qui isolent (du reste du monde) cet homme qui s’en va débiter – puis cuire et manger – le produit de sa chasse. »

À lire et à voir,
un entretien de Jacques Josse avec Mathieu Brosseau
une vidéo de Jacques Josse sur le site des éditions Cadex

Sur les quaisde Jacques Josse
Disponible chez Publie.net

Catégorie Littérature contemporaine numérique
Mise en ligne en novembre 2009


Une réponse "

  1. Olivier SC dit :

    Je serais un peu hors sujet et sévère en mentionnant ton avis ; mais voilà …

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